Zahir Zerdab (US Camon) : « Des montées et des descentes ? Ce serait insensé ! »

Joueur de l’US Camon et chef d’entreprise, Zahir Zerdab vit avec beaucoup de recul le confinement lié à la pandémie du Covid-19. Favorable à une saison blanche, il considère que cet événement exceptionnel doit déboucher sur un changement d’approche à propos du football amateur. Entretien.

Zahir Zerdab, comment vivez-vous le confinement ? 

Ce n’est pas simple, même s’il y a toujours plus grave dans la vie. Cela change nos habitudes, notamment pour les sportifs, on a l’habitude de sortir, de bouger, pour se défouler. Ce sont les aléas du contexte actuel, il faut savoir s’adapter, tout simplement. J’ai la chance d’habiter près du stade, il n’y a pas beaucoup de monde, je peux continuer à faire mon footing, en respectant le périmètre fixé. J’ai aussi des obligations professionnelles qui m’obligent à sortir de temps à autre pour faire le strict minimum. Pour le reste, je suis à la maison, j’ai la chance d’avoir des travaux à faire dans mon jardin. Ça permet de faire passer le temps. Par contre, je tenais à rendre hommage à Cyrille Boulanger, qui est décédé en début le week-end dernier du Covid-19. J’avais fait sport études avec lui en quatrième et troisième. Je tenais à profiter de cette tribune pour présenter mes condoléances à sa femme et à ses deux enfants.

Vous avez parlé d’obligations professionnelles. Vous êtes également un chef d’entreprise. Comment ça se passe sur cet aspect-là ? 

C’est compliqué. Il y a énormément de choses mises en place, des démarches administratives à réaliser. On a l’impression d’être éligible à beaucoup de choses puis, au final, ce n’est pas forcément le cas. On se tient informé pour connaître l’évolution des choses. Pour le moment, on nage un peu dans un flou. Pour autant, j’avoue que ce n’est pas simple, que le futur ne s’annonce pas forcément sous les meilleurs auspices. On est dans le courtage en travaux, dans tout ce qui touche à l’immobilier. On est déjà un peu impacté, on venait de démarrer les travaux pour une agence immobilière sur Camon. Là, tout est en stand-by. On a la chance d’avoir un peu de réserves pour passer les mois à venir sans trop de soucis. Pour d’autres, c’est très compliqué, je sais qu’ils sont obligés de vendre la décoration de leur magasin pour pouvoir survivre aujourd’hui. Je ne vais donc pas me plaindre.

En ce qui concerne le football, des choses ont-elles été mises en place par l’US Camon ? 

Tout à fait. Le staff, dont Titi (Buengo), nous appelle régulièrement pour prendre des nouvelles. Maintenant, ils sont conscients que la rigueur n’est pas la même qu’au niveau professionnel, avec des séances et des bilans quotidiens. Là, on est plus sur une remontée d’informations hebdomadaire. En plus, les derniers échos, à savoir un potentiel arrêt définitif de la saison, ne va pas favoriser la mobilisation de tous les joueurs. En tout cas, on est un groupe qui garde le lien, qui tente de faire des choses ensemble, je pense à des séances de renforcement musculaire par visioconférence. Au début, tout le monde joue le jeu, puis au fur et à mesure il y a un relâchement. On a un groupe WhatsApp qui nous permet de garder le lien, de prendre des nouvelles, pour savoir si personne n’est touché par le Covid. C’est important de préserver ce lien social.

Vous avez évoqué un potentiel arrêt définitif de la saison. Aujourd’hui, croyez-vous encore à une potentielle reprise ? 

Non, plus du tout. Quand je vois comment c’est compliqué au niveau du football professionnel, malgré les enjeux financiers qui sont très importants, je me demande comment le football amateur, même si ça génère aussi des investissements, peut trouver des solutions. Je m’attends à une annulation de la saison, je pense qu’on repartira de zéro en septembre prochain, si la situation sanitaire le permet.

Pourtant, l’hypothèse d’une saison blanche est jusqu’ici exclue par les instances qui organisent les compétitions à l’échelon amateur…

Oui, mais ce sont des politiques. On nous a dit que les masques ne servaient à rien, et aujourd’hui le discours est différent, on en est presque à dire qu’il fallait les utiliser dès le départ. Je ne serais pas surpris qu’il en soit de même avec la saison blanche dans le football amateur. A l’heure actuelle, je ne vois pas comment on pourrait reprendre et terminer la saison. Je parle de notre championnat (ndlr : Régional 1), il reste tellement de matches à jouer, qu’il faudrait jouer tous les trois jours, durant six ou sept semaines, pour terminer avant le 30 juin. Et encore, si on peut vraiment reprendre d’ici là. En plus, si le confinement est levé, il faut garder en tête que ce sont des joueurs amateurs, qui ont une vie professionnelle à côté, et sans doute d’autres priorités que de jouer trois matches dans la même semaine. C’est impossible de caser quatorze matches sur un temps aussi restreint. Ce serait aussi dévaluer la valeur sportive du championnat de terminer de la sorte.

Dans un tel contexte, il serait donc inconcevable d’imaginer des montées et des descentes sur la base des classements actuels ?

Clairement ! Ça parle de faire monter le premier et peut-être faire descendre le dernier. Pour moi, un championnat est terminé à l’issue de la dernière journée, pas avant. Je me rappelle d’une saison en D1 en Algérie, on avait été leader à 17 ou 18 reprises, avant de perdre la tête sur la fin et le champion n’avait été en tête que sur une ou deux journées. Je veux bien que certains clubs aient une certaine avance mais ce n’est pas dit que la situation sera identique en fin de saison. En termes d’éthique sportive, je ne trouverais pas ça normal, ce serait insensé !

Pour autant, les équipes qui caracolent en tête pourraient bien se sentir lésées…

On ne peut raisonner de la sorte en se disant qu’on fait plaisir à une équipe, quitte à pénaliser toutes les autres, à commencer par celles qui ont encore un coup à jouer pour la montée. J’entends aussi ceux qui disent qu’il faut repartir avec les mêmes effectifs en cas de saison blanche. Maintenant, si quelqu’un qui jouait à Beauvais vient habiter sur Amiens, c’est difficile de le forcer de continuer à jouer sur Beauvais. Il ne faut pas oublier que c’est le monde amateur, il faut redonner un peu de sens aux choses. Les enjeux ne sont pas les mêmes que chez les professionnels. Chaque année, il y a une dizaine de mouvements par club. Ce n’est pas uniquement dû à des enjeux sportifs, ce sont aussi des choix de vie, des choix personnels. Je trouve qu’on se trompe d’approche, qu’on oublie trop l’aspect humain.

A titre personnel, vous demeurez lié au club de Camon par un contrat fédéral. Qu’en est-il aujourd’hui ? Avez-vous été placé en chômage partiel ? 

Le dossier a été géré par l’UNFP, c’était une première pour le club. Je reçois les informations et je suis en lien constant avec Christophe (Richard, ndlr : le président du club). Je suis effectivement passé en chômage partiel, parce que je ne peux pas pratiquer l’activité pour laquelle je suis habituellement rémunéré.

D’après-vous, la crise actuelle aura-t-elle de lourdes conséquences économiques sur le foot amateur ?

Je le pense, malheureusement. Le football ne sera pas le secteur touché mais il sera inéluctablement impacté. Il va y avoir tellement de pertes, à commencer dans les grandes sociétés, qu’il va falloir rééquilibrer les choses à la sortie de la crise actuelle. Il y aura sans doutes des économies de faites, pour sans doute améliorer des choses dans des secteurs où les prix s’étaient envolés, mais ça va aussi laisser des traces dans le financement du monde amateur.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

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