Sébastien Léraillé (ESC Longueau) : « Cette décision aurait pu être prise beaucoup plus tôt »

Sébastien Léraillé Longueau

Comme beaucoup, l’entraîneur de l’ESC Longueau ne s’attendait pas à voir la saison de football amateur reprendre et aller à son terme. Pour autant, Sébastien Léraillé estime que l’annonce fut longue à venir et que l’avenir demeure très incertain. Entretien.

Comment réagissez-vous à cet arrêt de la saison ?

C’était prévisible ! Au-delà du temps qu’ils voulaient nous laisser pour finir la saison, les playoffs, c’était impossible à faire. Je pense que cette décision aurait pu être prise beaucoup plus tôt, mais je ne suis pas sûr que ça change grand chose. Il va surtout falloir que la FFF donne les moyens aux Ligues et Districts pour relancer la machine. J’ose espérer que l’élection de M. Le Graët va permettre au football amateur de rebondir et d’avoir les bonnes personnes sur les terrains, dans les Ligues, les Districts pour être proches des clubs et relancer la machine. Ce n’est pas en mettant en place des pratiques réduites que les gens vont vouloir revenir dans les stades et que les gamins vont revenir jouer au foot. Le seul truc qui peut les faire revenir jouer, c’est donner les moyens matériels et humains aux clubs de relancer leur activité à travers le tissu associatif des régions. Aujourd’hui, le joueur cherche à retrouver du plaisir dans le football et dans son association et ensuite repartir de l’avant soit en match amical soit en compétition en septembre 2021.

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Craignez-vous une démotivation chez les pratiquants ?

On est la plus grosse structure de la Somme en termes de licenciés, on a une vingtaine d’éducateurs qui sont au service du club à travers les différents diplômes qu’ils ont. On a continué notre activité parce que le président et son comité directeur ont pris partie de continuer à indemniser les éducateurs. Ce n’est pas rien, ça a un coût alors qu’il n’y a pas de rentrée d’argent. On a mis ça en place pour éviter la perte de licenciés. Notre but est de garder nos générations. Ensuite, peut-être qu’on reverra notre plan sur l’école de football où on fera peut-être un peu plus de masse si on a beaucoup de gamins qui veulent venir parce qu’on a de belles infrastructures, de bons éducateurs. Tout doucement, on se développe, mais sur la durée, on va peut-être manquer de moyens humains et financiers parce qu’on ne va pas pouvoir tirer sur les mêmes personnes en permanence. Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir un président qui a continué à indemniser les éducateurs pour que la pratique ne s’arrête pas dans notre association.

Qu’avez-vous pu faire concrètement ?

J’ai une équipe d’éducateurs qui a de bonnes idées, donc on a travaillé pour le Plan Educatif Fédéral quand on n’avait pas les terrains pour continuer à faire des activités. Ensuite, on a joué au foot différemment. Ces pratiques différentes permettent de garder le lien, mais on a aussi travaillé sur la technique individuelle, la maîtrise de balle. Aujourd’hui, on avance tout doucement sur la fin de saison, il reste deux mois et j’ose espérer qu’on va pouvoir nous autoriser à reprendre le foot avec contact. Mais aussi, comment on va se projeter sur la saison prochaine ? De notre côté, on l’a fait avec le président pour l’organigramme et la structuration du club et on va rencontrer les éducateurs dans les jours qui arrivent. Quand tout sera fait entièrement pour nos jeunes afin que l’on puisse répondre à la demande que l’on aura en termes de licenciés, là on s’attaquera à l’équipe première.

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Avez-vous continué l’entraînement depuis l’élimination contre Beauvais ?

Oui, on s’entraîne le samedi et le dimanche avec une moyenne de vingt joueurs sur les deux groupes. On essaye de diversifier, de faire avec ou sans ballon. Il va falloir durer jusque fin mai et on va attendre de voir ce qui est proposé pour la saison prochaine.

Parliez-vous de cette potentielle situation avec le groupe ?

Les garçons en étaient conscients qu’on n’allait pas reprendre. Aujourd’hui chacun s’adapte au mieux pour venir aux deux entraînements, ou pour en faire au moins un. Ne pas s’entraîner la semaine et faire deux entraînements le week-end coup sur coup, ça peut être assez dangereux sur le plan physiologique. On essaye de limiter le temps de travail parce que le but est surtout de se retrouver.

Tout le monde est unanime sur la saison blanche…

Pourquoi a-t-on commencé la saison ? Sanitairement, on est dans le même cas qu’en septembre. On a toujours les mêmes problèmes ! Quid de ce qui a été engagé financièrement par les clubs ? Quid du fonctionnement des Ligues et Districts ? Ca touche tout le monde du N2 jusqu’au plus bas niveau, mais aussi les organismes qui touchent au football. Je suis curieux de savoir comment on va relancer la machine. Personnellement, je n’ai pas à me plaindre, je suis dans un club où ça tourne bien et on a ce qu’il faut pour travailler, mais les clubs de D4 ou D5 ? Certains vont devoir mettre la clé sous la porte. Ca fait des années que je suis inquiet pour le foot amateur, et la crise sanitaire amplifie ça. On voit la vraie réalité des clubs amateurs et comment est géré le foot français. Je ne dis pas que c’est facile de gérer, mais je reste inquiet.

J’ose espérer que les instances vont faire démarrer la saison plus tôt, qu’on puisse jouer des matches en août et pousser au plus loin

Comment préparer la suite ?

Personnellement je ne sais pas ce que je vais faire parce que je ne sais pas où je vais me retrouver professionnellement. Je travaille en amont pour préparer le club à la saison prochaine et je me projette comme si c’était moi. On va ajouter une semaine de préparation, on va mettre très peu de matches amicaux pour éviter les blessures et avoir un maximum de fraîcheur pour la premier match officiel. L’an dernier ils ont eu la belle idée de faire reprendre les championnats fin septembre alors qu’on aurait pu reprendre en août. On aurait peut-être fini la phase aller, pu faire un classement, des playoffs. J’ose espérer que les instances vont faire démarrer la saison plus tôt, qu’on puisse jouer des matches en août et pousser au plus loin, mais est-ce qu’on a des garanties pour finir la prochaine saison ? Je ne suis pas sûr.

Arrivez-vous à tirer un bilan de cette saison ?

On avait bien débuté, on avait trouvé une solidité, une rigueur, une constance et il faudra repartir sur ça. On était invaincus en championnat. Contre Abbeville on était un peu retombés dans nos travers avec de la possession mais des problèmes sur l’aspect défensif. Sur la coupe de France, on se rend compte que le premier match a failli nous coûter cher mais derrière on fait un septième tour où on peut avoir des regrets contre Beauvais, même si – pour moi – on n’a pas bien préparé ce match. Sur l’ensemble de l’effectif, c’est un groupe intéressant, beaucoup d’entraîneurs aimeraient l’avoir à leur disposition. Je voulais ces joueurs et je suis très satisfait de l’état d’esprit affiché, mais surtout aux garçons qui sont attachés aux valeurs du club.

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La stabilité sera-t-elle de mise ?

Si c’est moi l’entraîneur, bien sûr ! Je ne pense pas qu’il y aura beaucoup de mouvements dans les clubs en général. Peut-être qu’un ou deux réajustements seront faits, mais pas plus. Je cherche un buteur, un attaquant au profil assez jeune et peut-être un défenseur central parce que Boquillon est blessé depuis un certain et Petit sera suspendu sept matches suite à son carton rouge contre Beauvais. On va commencer aussi à voir le résultat en termes de formation des jeunes depuis quatre ans. On a trois ou quatre jeunes capables de prendre du temps de jeu en équipe première.

Tous propos recueillis par Romain PECHON avec Adrien ROCHER

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