René Playe (ESC Longueau) : « Cela représente 25 000 euros de manque à gagner »

Président de l’ESC Longueau, René Playe se dit inquiet quant à la situation financière des clubs amateurs, qui risquent d’être grandement impactés par les conséquences de la crise sanitaire actuelle. Entretien.

En qualité de président de l’ESC Longueau, comment gérez-vous la situation actuelle ? 

Ce n’est pas toujours simple. Au niveau administratif, déjà, tous les mois, on a des dossiers à restituer, là fin mars c’était à la commission régionale de contrôle des clubs. Ce n’est pas forcément simple en cette période de confinement, on n’a pas forcément tous les documents chez soi. On fait donc ce qu’on peut pour transmettre le plus d’informations possible. Ce n’est que des détails mais ça symbolise un peu le flou actuel. On a également été sollicité par organisme, je l’imagine mandaté par la Ligue, pour nous questionner sur la manière avec laquelle on imaginait la suite, uniquement sur le plan sportif. Aujourd’hui, les instances tentent d’anticiper certaines choses, même si ce n’est pas simple dans la situation actuelle. On tente donc de rester en contact avec elles pour savoir de quoi demain sera fait.

Dans le domaine financier, êtes-vous déjà impacté par la crise actuelle ? 

Nous n’avons pas de joueurs sous contrat fédéraux, nous ne sommes donc pas concernés par les mesures de chômage partiel. Maintenant, on demeure quand même impacté, je dirais même très lourdement impacté sur les actions extrasportives mises en place pour remplir les caisses de l’association. On a été obligé d’annuler la réderie annuelle qu’on organise sur Longueau, la deuxième plus grande du département après Amiens. On devait aussi faire un tournoi de jeunes, préparatoire à la Gaillette Cup et ensuite participer aux finales sur les installations du RC Lens, le 12 avril. On a aussi des tournois de jeunes prévus au mois de mai, on espère encore pouvoir les organiser, même si on sait que ce ne serait pas si simple. Au total, cela représente 25 000 euros de manque à gagner, c’est une partie conséquente de notre budget annuel. Ce sera compliqué pour terminer la saison.

Vous devez donc attendre beaucoup du fonds d’aide évoqué par la Fédération française de football…

Ce sera vital ! De toute manière, on est capable de justifier les recettes en moins par rapport à la saison précédente. Chaque année, ce type d’organisations sont budgétisés en début d’exercice. Il faudra effectivement un coup de pouce des instances, que ce soit la FFF ou la Ligue, et peut-être aussi des politiques, pour qu’on puisse sortir sans trop de dommages de cette situation. Sur Amiens, la compétence est métropolitaine, il faudra donc dialoguer à l’issue des élections. En attendant, la subvention pour l’année a déjà été versée dans son intégralité. Par contre, on est toujours dans l’attente du conseil départemental, qui n’a toujours pas répondu à nos demandes. De notre côté, le dossier a été rendu en temps et en heure au mois de janvier. En attendant, je ne sais pas comment je vais amortir mon budget en fin de saison.

Qu’en est-il des partenaires privés qui soutiennent le club ? 

On avait encore quelques entrées d’argent en attente. On ne sait pas trop comment on va repartir après la crise. Nos partenaires vont peut-être subir de plein fouet la crise, on ne sait pas s’ils seront toujours en situation de maintenir leur engagement. Indirectement, le risque est réel. Maintenant, on a la chance d’avoir des sponsors qui ne pèsent pas individuellement une part conséquente de notre budget. Pour autant, nous avons un nombre certains de partenaires, ils font aussi vivre le club.

Vous pourriez donc comprendre qu’un partenaire demande à geler ses paiements ou qu’il finisse par se désengager ? 

Peut-on faire autrement ? On espère qu’ils pourront maintenir leur contribution, même si ce sera compliqué de notre part, vu le contexte actuel, d’aller les voir pour leur faire la demande. Aujourd’hui, ce serait malvenu d’aller les voir et de leur dire, il y a des contres à faire respecter coûte que coûte. On s’organise pour faire des contrats sur trois ans mais si le partenaire n’est plus en capacité de l’assumer, on ne peut pas leur imposer quoi que ce soit. Il faut savoir être compréhensif.

Croyez-vous encore en une hypothétique reprise ? 

Si on est sérieux, sachant que le confinement va être prolongé, on pourra au mieux reprendre l’entraînement le 3 ou le 4 mai. Derrière ça, il est difficile de reprendre tout de suite, il faudra au minimum 15 jours de réathlétisation. Cela nous amène au mieux au 20 mai. Il reste alors moins d’un mois et demi pour terminer la saison, la date butoir du 30 juin ayant été fixée par la Fédération. Et encore, c’est la version la plus optimiste possible. Avec le retard déjà pris, je ne vois pas comment on peut aller au bout de la saison en l’espace de six semaines. Il est hors de question d’aller jouer un mercredi à Dunkerque, à Marcq, à Gravelines, de faire deux heures de route en pleine semaine. Les joueurs travaillent, le coach aussi, ils ont une vie à côté du football ! Six semaines pour faire douze matches, c’est très compliqué. Je pense sincèrement qu’on ne reprendra pas.

Si tel était le cas, quelle serait la moins mauvaise des solutions ? 

Je pense qu’il ne faut pas pénaliser tout le monde. Beaucoup de clubs ont investi de l’argent en début de saison pour avoir une équipe compétitive, ils ont eu des résultats jusqu’ici qui étaient en adéquation avec leurs investissements. Je pense notamment à Wasquehal en Régional 1, dans notre poule. Ce sera quand même fort de café qu’ils ne puissent pas monter avec un tel écart en leur faveur à mi-championnat. Je plaide pour qu’il y ait une montée et une descente par groupe et que le classement s’établisse sur un ratio points/nombre de matches joués. Je ne sais plus dans quel contexte et quelle année, mais c’est une situation que j’ai déjà connue dans ma vie.

A l’instar des joueurs et des entraîneurs, espérez-vous une décision rapide et définitive ? 

Bien sûr ! On veut savoir et le plus vite possible ! La décision devrait être prise jeudi prochain, apparemment. Surtout, cette décision sera nationale, elle s’imposera à toutes les Ligues. Il est temps de prendre une décision, on ne peut pas repousser éternellement. A un moment donné, il faudra aussi démarrer la prochaine saison. Jusqu’ici, on est dans une position d’attente et on espère être vite fixé.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

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