Mickaël Alphonse (Amiens SC) : « Il y a un problème de niveau pour certains joueurs »

Amiens SC Alphonse
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Leader naturel au sein d’un vestiaire qui manque cruellement de joueurs d’expérience, Mickaël Alphonse a pris la parole pour tenir un discours d’une lucidité aussi glaçante qu’utile au sujet de la situation de l’Amiens SC après trois journées de Ligue 2 et autant de défaites au compteur. Pour le latéral droit de 32 ans, l’équipe en l’état actuel n’est tout simplement pas au niveau. Entretien.

Mickaël, ce n’est clairement pas la joie en ce début de saison…

J’ai connu des moments plus sympas quand même. Je suis en bonne santé, c’est ce qui compte aussi.

Arrivez-vous à vous expliquer ce début de saison galère ?

Expliquer, ce qui est radical c’est pour ma part et cela n’engage que moi mais je pense que pour certains, il y a aussi un problème de niveau. Et c’est ce qui nous fait défaut sur ce début de saison. C’est qu’on a alterné entre parfois le manque d’expérience, les erreurs incroyables et je pense que des joueurs, je répète comme j’ai pu le dire juste avant, qui ne sont pas encore prêts à jouer à ce niveau-là aussi. C’est une réalité à un moment donné, il ne faut pas toujours chercher des excuses. Oui il y a des comportements à changer, des choses mais le niveau ça reste le niveau aussi à un moment donné. Il faut essayer de travailler là-dessus et on sait que des gens vont arriver. D’un côté, il va falloir apprendre vite et de l’autre coté il va falloir potentiellement si possible que des recrues arrivent aussi.

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C’est réellement indispensable pour vous…

Indispensable ! Indispensable ! Indispensable par rapport au club, par rapport à ce que l’Amiens SC représente malgré tout en Ligue 2 aujourd’hui, pour un club qui descend. Tout le monde le sait, on a un club qui est plutôt en bonne santé donc on se doit d’avoir une équipe qui reflète ça aussi et pour l’instant malheureusement on n’a pas cette chance-là. Mais je n’ai aucun doute sur le fait que les choses vont changer extrêmement rapidement.

Quand je suis avec Opoku et Wagué, ce n’est pas la même chaîne qu’on regarde !

Intrinsèquement, estimez-vous l’équipe moins forte que la saison ?

Hmmm intrinsèquement je ne sais pas mais c’est surtout que l’année dernière. Pas forcément à la fin mais notre charnière c’était Opoku-Wagué, c’est une charnière de Ligue 1 donc ce sont des fondations de la maison. Cela n’engage que moi, c’est mon avis mais avec le respect que je dois à tout le monde, l’année dernière, on était dans les tops défense parce qu’on le doit aussi à Opoku et Wagué et là on ne parle plus de colonne vertébrale, pour moi ce sont des fondations de la maison. Et il y a une différence si on regarde les matches qui sont passés, moi je suis plus ancien mais si on prend au final notre équipe, on peut avoir des leaders ou quoi que ce soit mais dans le fait d’avoir vécu des choses aussi, le terrain etc. Je suis malgré tout un peu seul, il y a Rég (ndlr : Régis Gurtner) qui est un peu là aussi mais sur le terrain vraiment, je suis un peu seul là-dessus et forcément quand je suis avec Opoku et Wagué, ce n’est pas la même chaîne qu’on regarde ! Il ne faut pas avoir peur de dire les choses à un moment donné. Si on devait commencer par le début, il faut déjà assurer les fondations et là-dessus on a peut-être parié sur le fait que certains joueurs soient capables. Là, ça fait trois matches et on n’a déjà plus de temps à perdre.

J’en ramène tous les jours des mecs prêts à souffrir pour le tiers de leur salaire !

Il y a tout simplement trop de jeunesse dans cette équipe…

Ce n’est pas comme si on avait un jeune et un vieux. C’est un jeune et encore un plus jeune. Même pour eux, ce n’est pas facile. C’est difficile quand on est jeune on peut se retrouver en difficulté, avoir une petite perte de confiance. Et le mec qui est à ma gauche ou à ma droite ne peut pas me donner un coup de main ou avoir les mots qui vont m’aider, parce qu’il est peut-être aussi en panique ou dans un moment un peu plus compliqué. Dans tous les cas, l’expérience des joueurs qu’on a fait que si tout ne commence pas tout de suite bien, ça devient compliqué. Qu’est-ce qu’ils ont connu pour pouvoir inverser les choses ? C’est ce que je ressens quand je suis sur le terrain, quand je rentre dans le vestiaire. C’est très calme. Les mecs sont encore sur la pointe des pieds.

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On leur en demande un peu trop ? 

J’en ramène tous les jours des mecs prêts à souffrir pour le tiers de leur salaire ! On ne leur en demande pas trop, ils font ce qu’ils savent faire avec les qualités qu’ils ont aujourd’hui. Il n’y a pas de mystère. Il faut tout simplement des mecs qui puissent les accompagner et on n’est pas assez nombreux aujourd’hui. La balance est complètement inversée aujourd’hui. En termes de nombre, ils devraient se sentir à ma place et moi à la leur. Limite, on en est à : « est-ce qu’on peut rentrer dans le vestiaire, est-ce qu’on peut être avec vous ». C’est difficile mais il faut qu’on avance vite. Ce n’est que le début mais c’est déjà beaucoup de temps perdu.

C’est le discours que vous avez tenu contre QRM ?

C’était différent parce qu’il y avait la colère d’être mené 2-1 alors que mon ressenti quand on mène 1-0 j’ai la conviction qu’on va le gagner avec un vrai score. Vraiment, sans hésiter une seule seconde. Quand je rentre en perdant 2-1, j’ai pas les mots. Ce n’est pas que de la jeunesse à chaque fois. La naïveté de ce qu’on fait dans les matches… A un moment donné, il faut arrêter de traverser les choses, de faire les entraînements pour les faire. A chaque fois qu’on fait les choses à l’entraînement, il faut comprendre le sens des choses, sortir du côté scolaire et comprendre pourquoi le coach fait ça. Les plus anciens sont capables de comprendre les choses, ce n’est pas encore le cas des plus jeunes et c’est clairement ce qui nous fait défaut aujourd’hui. On n’a pas suffisamment de joueurs lucides sur le niveau qu’il faut avoir. Après ce n’est pas parce qu’ils sont jeunes qu’il ne faut pas y avoir le dépassement de fonctions, pour parler, replacer les joueurs. Quand on est sur le terrain, il n’y a plus d’âge normalement. Le problème est qu’on le ressent trop aujourd’hui.

Vous pouvez progresser vite dans ce domaine ? 

Il va falloir réagir vite. Il ne faut plus qu’on soit un jeune par ci, un expérimenté par là. Il faut qu’on devienne un groupe et cela passe par de la maturité dans l’approche. Tu peux avoir 19-20-21 ans, tu dois arrêter de faire « petit garçon ». Je ne peux pas accepter de voir des joueurs aussi forts à l’entraînement et voir un tel écart le jour du match. Quand tu joues sans pression, ça va mais quand le match arrive tu trembles. Mais qu’est-ce qui peut t’arriver au final ? Il faut être capable de faire plus dans l’approche du match, dans les comportements et retirer cette crispation. Sans tout ça, je suis certain qu’on est capable de mieux, à commencer par arrêter de prendre des buts aussi ridicules. On a pris des buts sur deux passes, ce n’est pas possible en Ligue 2 !

Propos recueillis par Romain PECHON

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