Mathieu Vallois (SC Abbeville) : « Je n’y crois plus du tout »

Mathieu Vallois SC Abbeville

Malgré une reprise de l’entraînement dans des conditions particulières en raison de la crise sanitaire, Mathieu Vallois – entraîneur du SC Abbeville – ne s’attend pas à pouvoir reprendre la saison 2020/2021. Entretien.

Comment se passe la reprise de l’entraînement ?

On avait repris dès qu’on a eu l’autorisation mais on a coupé une petite semaine pendant les fêtes. On devait reprendre à partir du 2 janvier, mais les joueurs étaient très demandeurs donc on a avancé au 30 décembre. Depuis, on essaye de s’entraîner deux fois par semaine. Une fois entre le lundi et le vendredi vers 18 heures, pour que tout le monde soit rentré avant le couvre-feu, et une fois le samedi matin où c’est plus long. Ce sont bien évidemment des séances sans contact qui commencent à devenir un peu longues et pénibles, mais c’est comme ça et on peut même s’estimer heureux de pouvoir le faire.

Est-ce utile d’avoir une reprise sans contact ?

Pour l’instant, on fait des entraînements pour s’entretenir et pour se retrouver et se rassembler parce qu’il n’y a pas de préparation physique ou athlétique à faire puisqu’on ne sait pas pour quand on doit préparer les joueurs qui sont très demandeurs. En raison du temps, on doit annuler quelques entraînements en ce moment parce qu’on n’a pas de synthétique et on n’a pas le droit de s’entraîner en salle. On n’a que les terrains en herbe et avec les conditions climatiques, j’ai dû annuler l’entraînement mardi, et j’ai reçu des messages de joueurs qui sont déçus de ne pas pouvoir se retrouver. Une fois par semaine, ça ne leur suffit pas, mais c’est le seul moyen de se retrouver. On se creuse la tête avec le coach du groupe 2 pour trouver des entraînements ludiques pour que les joueurs viennent et repartent avec le sourire. Le renforcement musculaire, la course, c’est bien, mais on n’en fait plus du tout. On fait des choses sans contact et systématiquement avec ballon. On a tenté de mettre en place des petits jeux où le ballon ne peut être récupéré que par interception. On essaye de mettre des choses en place et ça fonctionne plutôt bien parce que les joueurs repartent avec le sourire, mais surtout ils reviennent, c’est le principal.

L’idée étant d’éviter le foncier qu’ils ont déjà connu pendant le confinement…

Ils avaient des entraînements à faire à la maison, et c’est forcément du foncier, des intermittences, du renforcement musculaire et d’autres choses qu’ils peuvent faire chez eux. Si aujourd’hui, je les fais venir pour leur faire faire la même chose, ils vont me dire « autant rester chez nous ». Je vois le fait que si on fait des entraînements, on doit les rendre ludiques. Ils viennent pour ça et ils travaillent parce que le samedi, on fait deux heures de séance et ils sont tous cramés. On travaille avec ballon et surtout avec le sourire pour que tout le monde ait cette envie de se retrouver avec le groupe.

Croyez-vous à une reprise de la saison ?

Je n’y crois plus du tout. Je regarde de moins en moins les informations parce qu’elles me font mal mais malheureusement, les chiffres sortis font prendre les décisions, et quand je vois les courbes des taux de contamination, de rentrées dans les hôpitaux, de décès… Ca ne nous donne pas beaucoup de chances pour une reprise du sport amateur qui est, pour moi, secondaire par rapport à tout ce qu’il se passe. J’ai envie, les joueurs et le club aussi, tous les sportifs amateurs ont envie de rejouer, mais on a aussi envie de sortir de cette crise. S’il faut à nouveau faire l’effort de ne pas jouer pour en sortir, on va le faire et on va écouter ce qu’ils nous disent là-haut et exécuter à la lettre. J’ai vraiment du mal à croire que l’on pourra jouer au foot dans deux ou trois mois. J’espère que je me trompe, mais j’ai vraiment du mal à y croire. J’ai des amis qui tiennent le bowling à Abbeville, par exemple, et je me vois mal leur dire qu’ils vont rester fermés pendant que j’aurai le droit de jouer au foot. La priorité est de sauver l’emploi de ces personnes qui ont des restaurants, des cafés, des bowlings, des bars. C’est primordial de sauver ces choses-là, et si elles restent fermées, je ne vois pas pourquoi on aurait droit de jouer au foot et je suis tout à fait de l’avis de Benoît Sturbois à ce sujet. Il faut mettre les choses à leur place et si on n’arrive pas à faire travailler certaines personnes, ça ne serait pas logique de nous laisser faire notre foot. Oui, on prend ça au sérieux et on s’investit énormément quand on y est, mais il y a des choses beaucoup plus importantes que notre foot comme toutes ces personnes qui ne peuvent pas travailler à cause de ce virus.

Dans l’hypothèse d’une reprise, comprenez-vous la priorisation de la coupe de France ?

On m’a beaucoup posé cette question, et étant éliminé depuis un moment, j’ai souvent répondu dans le sens de mes collègues qui ont fait l’effort et qui sont toujours en course. Aujourd’hui, je ne sais pas. Je voyais cette coupe de France se jouer le mercredi et jouer le championnat le week-end. Pourquoi pas les laisser jouer cette compétition, mais comment les amateurs vont-ils faire pour se préparer ? A partir du moment où on les laissera se préparer, d’autres clubs qui n’ont que le championnat trouveront ça injuste. C’est beaucoup de questions avec très peu de réponses. Pourquoi pas les laisser jouer la coupe et pour le championnat, on se dit rendez-vous en 2021/2022. J’ai un peu perdu le fil et je ne sais pas ce qu’il va nous arriver au niveau sanitaire avec les variants qui débarquent et se propagent à vitesse grand V. Pour moi, coupe et championnats sont liés et il faudrait tout arrêter.

Regrettez-vous l’absence de communication de la fédération envers la suite de la saison ?

Il y a une période où j’aurais répondu « oui », mais là, même l’État manque de communication parce qu’ils regardent l’évolution avec une courbe qui descend, et puis derrière le variant anglais débarque et les courbes repartent à la hausse. Au final, quand on voit la communication autour de la coupe de France où ils ont répété qu’on allait la jouer… S’ils annoncent dans un mois aux clubs qualifiés qu’ils ne joueront pas, on leur reprochera d’avoir communiqué. Peut-être que ça manque un peu de communication, mais aujourd’hui, personne ne sait ce qu’il va se passer. Parfois, on voudrait un peu plus d’infos, mais ils sont comme le reste du Monde : ils ne savent pas ce qu’il va se passer.

Qu’est-ce que vous inspire l’élection de Cédric Bettremieux à la tête de la LFHF ?

Ca m’a surpris d’entendre un nouveau candidat à l’élection via les réseaux sociaux. Il avait avec lui tous les présidents de District des Hauts-de-France et je me suis demandé ce que monsieur Brongniart avait fait de mal pour qu’ils lui fassent ça. Tout ce qu’il se passe à l’intérieur de ces bureaux, je ne m’en préoccupe pas forcément. Je suis coach de l’équipe 1 d’Abbeville, j’aide les jeunes, mais tout ce qui est papiers et administratif, je ne m’occupe de rien du tout. Que ce soit monsieur Brongniart ou monsieur Bettremieux, peu importe, je suis avec le sportif. J’espère qu’ils vont tout faire pour que nos clubs des Hauts-de-France soient le mieux représentés et après, le changement de président, ça ne change rien à ma façon de faire au quotidien sur le plan sportif.

Tous propos recueillis par Adrien ROCHER

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