Kevin Roger (RC Salouël) : « On n’a rien à perdre »

Hutin Roger

Grand artisan de la belle épopée du RC Salouël, unique club de district encore en lice au huitième tour de coupe de France, Kévin Roger aborde sans pression le match à la Licorne contre Wasquehal, ce dimanche. Qu’importe la finalité, l’attaquant estime que le RC2S a déjà tout gagné avec son parcours historique. Entretien.

Dans quel état d’esprit êtes-vous à deux jours du match ?

On est encore sur notre petit nuage mais on prépare le match comme il faut. On se concentre sur notre match. On sait ce que Wasquehal va donner, ils sont sûrs de leur force. Ils sont dans le top 3, jouent la montée en N2, viennent d’éliminer une R1 en gagnant 4-0. On n’a rien à perdre, on va jouer notre jeu et comme à chaque tour, on sera solidaire. On est prêt, on sera présent devant plein de monde et on sera tous contents.

Le gros changement c’est que vous allez être à La Licorne devant des milliers de spectateurs…

Pour un joueur de District, c’est complètement fou. Après, on ne saura qu’à la fin du match si c’est un avantage ou un inconvénient. Ce qui est sûr, c’est qu’on donnera tout et on va essayer de profiter du moment qui restera gravé dans nos têtes.

Est-ce qu’il y a une certaine pression au regard du contexte ?

Plus que de la pression, c’est surtout de l’adrénaline. On a tous envie d’y être ! On sait très bien que si on vient à se faire éliminer, on aura tout donné et c’est déjà une très belle page du RC Salouël qu’on a écrite, mais on n’a pas envie que ça s’arrête.

Mais c’est aussi une page de l’histoire du football français…

C’est la première fois qu’un club de D2 arrive au huitième tour, oui. Pour le moment, on ne s’en rend pas vraiment compte, on le réalisera vraiment quand on sera éliminé. On est dedans, on vit un rêve éveillé. C’est fou ! On pourra raconter ça à nos enfants plus tard.

Comment vivez-vous l’attraction qui augmente au fil des tours ?

On le vit plutôt bien, ce serait mentir que de dire l’inverse. On s’intéresse à nous, à la ville, au club. C’est une récompense pour tout ce que fait le club depuis plusieurs années. On essaye de le rendre au maximum. On sait qu’on pourra compter sur nos supporters ce weel-end. Déjà à Hamel c’était fou, j’en ai encore des frissons rien que d’y repenser. On les a entendu arriver, nous pousser de la première à la dernière minute. Même au retour ils nous attendaient alors qu’on est rentré plus tard qu’eux. Ils voulaient faire la fête avec nous. Voir la joie dans les yeux des plus petits, c’est beau.

Quel a été votre parcours avant cette année historique à Salouel ?

J’avais le rêve de devenir professionnel, comme tout enfant. J’ai commencé à six ans à Ailly-sur-Somme. Quand on est petit, on fait plusieurs petits tournois et sur un de ces tournois, il y avait des membres de l’Amiens SC qui m’ont demandé de faire une détection qui s’est très bien passée. Je suis resté à l’ASC de mes huit ans jusqu’à la saison de U17 Nationaux. A la fin de cette année, on m’a expliqué que je ne serais pas gardé au centre de formation. Quand tu n’es pas conservé, tu as des clubs de la région qui s’intéressent à toi, mais dès le départ je savais très bien que si Amiens ne me gardait pas, je serais reparti à Ailly-sur-Somme. C’est un bon club qui est juste à côté de chez moi.

Je reviens à Ailly à dix-huit ans, ça se passe bien, je retrouve mes copains d’avant. Je jouais en réserve qui évoluait en PID à l’époque (ndlr : Régional 3 aujourd’hui) et tout s’est bien passé. Julien Valeri qui m’a coaché à l’Amiens SC m’avait déjà contacté pour le rejoindre aux Portugais d’Amiens, mais j’étais très bien à Ailly. Par la suite, il est revenu en me disant qu’il entraînait Salouël qu’il voulait jouer au foot sans balancer. Son discours c’était qu’en venant, je prendrais du plaisir, ils ont a un vrai projet de jeu, repartent de derrière. Je me suis laissé tenter et c’est l’une des meilleures décisions que j’ai pu prendre. Je ne la regrette pas du tout, surtout à l’heure actuelle, mais même sans ce parcours, il n’y a que des bons gars. D’ailleurs, je remercie Julien parce qu’il a forcé pour que je vienne à Salouël !

Quand Julien Valeri a arrêté pour partir à Dubaï pendant le confinement, avez-vous pensé à repartir à Ailly ?

Je savais que tout le monde comptait rester, j’allais être dans ma troisième année à Salouël et il y a des liens qui se créent. C’était clair et net que je restais à Salouël. On a un projet de faire monter le club ! On est vraiment dans un club familial, c’est une bande de copains. J’ai lu dans pleins d’interviews que tout le monde disait ça, mais c’est vraiment le cas. On se dit les choses, on tire tous dans le même sens, on s’apprécie tous. Après les entraînements, comme tout club qui se respecte en District, on boit un petit coup ! C’est chouette, on mange ensemble pratiquement tout le temps. Dès qu’on se qualifie, on se retrouve au resto avec nos copines. On se connaît tous très bien, on va les uns chez les autres. Partager ces moments, on sait qu’on gardera toujours ça.

Au-delà des qualités intrinsèques, c’est la cohésion d’équipe qui peut faire la différence…

C’est tout à fait ça. On pourrait se dire qu’on a joué en Ligue, mais sans une bonne cohésion, ça ne serait jamais passé, je pense. Contre Lambres, on prend un but en fin de match, on aurait pu se dire qu’ils ont fait le plus dur mais on n’a jamais lâché. Mentalement, on est très fort. On l’a montré à chaque tour. On peut se faire passer deux fois, on reviendra trois fois ! C’est vraiment une bande de potes.

Estimez-vous avoir un rôle prépondérant dans ce parcours ?

Non, je fais juste partie du collectif. Mon rôle est de marquer, d’être décisif, créer de l’espace avec mes appels. C’est ma qualité première, les appels. Après quand je peux finir, si j’ai un ballon, je fais tout pour la mettre au fond, comme chaque attaquant, mais si on vient à perdre 4-3 et que j’en mets trois, je serais le premier déçu. Par contre, si on gagne 1-0, peu importe si je suis dans l’action, je serais le plus heureux. Un 32èmes de finale, ce serait fou ! Je pense toujours collectif, à l’image de toute l’équipe. Si on doit faire la passe, on la fait, si on doit tirer, on tire. Il n’y a jamais de dribble de trop.

Ce parcours permet de mettre en lumière le RC Salouël-Saleux…

C’est bien pour tout le football amateur parce que beaucoup de clubs amateurs font du très bon boulot. Aujourd’hui, on a la chance d’être mis en évidence mais il y a plein de très bons clubs dans les plus petites divisions.

Au moment de jouer à Hamel, le discours était de ne pas sortir contre une D2 après ce parcours fou. S’il s’arrêtait contre Wasquehal, est-ce qu’il y aurait un regret de ne pas avoir joué une équipe pro ?

Sur le coup, quand on a vu qu’on ne jouerait pas une Ligue 2, ça a été dur. Après, on savait qu’on jouait à Hamel et c’était hors de question que ça s’arrête contre une D2, mais Hamel se disait pareil. Après, on a vu que l’on jouerait Wasquehal, s’ils passaient. Ca reste une grosse écurie qui a joué en Ligue 2 il n’y a pas si longtemps (ndlr : jusqu’en 2003). Si on vient à perdre, il y aurait une petite déception parce qu’on aurait l’impression que tout s’arrête, mais on ne gardera que le positif avec toutes ces qualifications au bout du suspense, les tirs aux buts. Il faut se rendre compte qu’on rentre au premier tour, à la fin août, contre Conty ! Contre Moreuil, on a la chance qu’ils fassent une erreur avec la tablette. Au troisième tour, sur un terrain bourbier, on se qualifie. Contre le RIF, on n’était pas favori parce qu’ils ont monté une très belle équipe, au final on gagne aux penalties, c’était beau.

Contre Lambres, tout le monde nous voyait éliminer mais on égalise à la dernière seconde grâce à Corentin (Hutin) et on passe aux pénos. Les Portugais de Roubaix, on se disait qu’ils étaient prévenus, ils ne nous ont pas pris à la légère mais on arrive à passer encore aux penalties. Et puis Hamel… C’était fou ! C’était franchement une des plus belles émotions que j’ai eu, surtout quand on a entendu les supporters. On s’est rendu compte qu’on était suivi. Voir les petits à la fin, nous attendre au retour, les avoir fait rêver, je ne garderai que des bons souvenirs de ce match et de la compétition. Et j’espère que c’est loin d’être fini ! Je souhaite à chaque joueur de vivre ça. On aurait été content de s’arrêter au quatrième avec les maillots et là on en est au huitième avec de la presse… On prend, c’est du plus, du bonus et on espère créer un nouvel exploit dimanche. On sera prêt, eux aussi, mais on aura plus d’envie qu’eux, c’est évident.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

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