Jordan Lefort : « Une mayonnaise qui n’a pas pris »

Entretien Le 11 – Actuellement en prêt aux Young Boys de Berne (Suisse), Jordan Lefort continue à croire aux chances de maintien de l’Amiens SC, dans l’optique où la saison finissait par reprendre. Pour autant, le défenseur central reconnaît que la formation entraînée par Luka Elsner rencontre de grosses difficultés depuis le début de saison. 

Comment expliquez-vous les difficultés de l’équipe après ce début de saison prometteur ?

Peut-être qu’il y a une mayonnaise qui n’a pas pris avec tout le monde, entre ceux qui sont arrivés et ceux qui sont partis. Il faut savoir qu’Amiens, c’est un peu l’aspect business. On ramène des joueurs d’un peu partout, qui ne parlent pas la langue. C’est un temps d’adaptation pour eux. Peut-être que ça joue, peut-être que c’est aussi un état d’esprit différent de l’année dernière, que ce soit aux entraînements ou en match. Ça fait partie des choses qui font que la saison n’a pas très bien tourné. C’est dommage parce qu’intrinsèquement, l’équipe est plus forte que l’année dernière. Mais il y a une mayonnaise qui n’a pas pris, et ça donne une saison mauvaise.

Amiens a donc perdu son état d’esprit et son unité au sein du groupe ?

Ce n’est pas quelque chose de perdu mais de moins présent. La saison dernière, il y a eu des situations où l’on n’était pas très bien, mais on a toujours su se retrousser les manches, aller gagner chez les concurrents directs. C’est l’inverse cette année. On a du mal contre les concurrents directs, mais on fait des gros matches contre les grosses équipes. C’est sûr que ça donne du spectacle, mais l’important c’est le maintien, et c’est contre les concurrents directs que tu arrives à le faire.

Cet aspect frustre beaucoup de monde. Comment expliquez-vous ça, vous qui avez vécu ces matches de l’intérieur ?

Quand on joue contre Paris, Lyon ou Marseille, on a envie de se montrer, de faire un gros match parce qu’on sait que tout le monde va regarder. C’est sûr qu’on peut avoir la peur au ventre quand on joue contre un concurrent et on se dit que si on perd, on va encore être dans le trou. Pourtant, on faisait de bonnes séances d’entraînement, mais on arrivait le week-end et on avait la peur au ventre, et je ne sais pas comment l’expliquer. Est-ce que c’est un problème d’état d’esprit ou de motivation, je ne sais pas. En tout cas, c’est dommage, parce que c’est en gagnant contre ce genre d’équipe qu’on se maintient.

Est-ce réducteur de dire que la perte de Prince Gouano a coûté cher ?

Ça l’est un peu dans le sens où il ne faut pas compter que sur un seul joueur. Après, c’est sûr qu’il nous aurait fait énormément de bien dans le leadership, la haine de la défaite, la hargne pendant chaque match. Ce sont des plus qui sont non négligeables dans une équipe. Maintenant, des soucis comme il a eu, ça arrive dans tous les clubs, et c’est dans ces moments-là qu’on doit montrer que ça doit quand même bien marcher, même malgré son absence. L’an dernier, quand on changeait d’équipe, ça ne se voyait pas. Les joueurs tournaient, mais on voyait toujours la même équipe d’Amiens. Cette année, j’ai eu l’impression que ça marchait moins. C’est dommage, mais il ne faut pas s’arrêter à l’absence de Prince. C’est sûr qu’il aurait apporté un plus, mais une blessure, ça arrive, et l’effectif doit être en mesure de combler ça.

Vous avez dit beaucoup de bien de Luka Elsner, mais pourtant ça ne « clique » pas pour l’instant. Est-ce que le contexte général est en adéquation avec sa philosophie ?

Je ne pense pas, parce qu’il a de très bonnes idées, il s’est toujours remis en question, il n’a jamais tiré sur quelqu’un et a toujours pris sur lui les défaites et les mauvais matches. Il vient toujours le lundi avec de nouvelles idées parce qu’il veut vraiment que ça marche. Il a un effectif à sa disposition, il tente ce qu’il veut faire, et parfois il y a des saisons où ça marche, et d’autres où ça ne marche pas. Ça a un peu moins marché cette saison, mais je pense qu’Amiens aurait pu se maintenir, même aux barrages, si la saison continuait, parce qu’Amiens, on sait comment ça marche, ça se bat jusqu’à la dernière journée.

Il y a donc eu beaucoup de changements avec ce nouvel entraîneur…

C’est sûr, oui. Elsner a mis pas mal de choses en place, et notamment la nutrition, avec des aliments pour les sportifs de haut-niveau le matin, le midi. Il y avait pas mal de séances vidéo pour la manière de défendre ou d’attaquer. Il y a eu pas mal de choses mises en place, ce qui est normal vu que le club avait plus de moyens avec le maintien. Amiens a vraiment fait un effort sur ça pour améliorer les conditions des joueurs.

Vous n’avez donc pas d’inquiétudes si le championnat était amené à reprendre…

Je pense qu’il y a ce qu’il faut pour faire mieux, et Amiens est un club qui va se donner jusqu’à la dernière journée et qui ne va pas rendre les armes avant la fin du championnat. Je pense que si ça reprend, ça fera du bien à tout le monde d’avoir coupé et ça mettra plus de chance pour le maintien.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

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