Joffrey Torvic : « Christophe Huck a tout brisé à Longueau »

Blacklisté depuis le début de la saison, Joffrey Torvic a décidé de dire stop en quittant Longueau pour l’Amiens Portugais. Très remonté à l’égard de Christophe Huck, dont il fustige le management et la gestion des hommes, le milieu de terrain également passé par Camon et l’AC Amiens par le passé, se montre très inquiet pour son désormais ancien club. Entretien.

Joffrey, pour quelles raisons avez-vous fait le choix de quitter Longueau en pleine saison ? 

A la base, je suis venu à Longueau parce que je connaissais l’entraîneur et la plupart des joueurs. J’ai été très bien accueilli par tout le monde, j’ai fait de belles rencontres là-bas. Je suis bien entré dans le moule du club, on a fait une super saison l’an dernier en ayant une certaine cohésion. Chaque vendredi, on partageait des moments ensemble, que ce soit les joueurs, les dirigeants, même certains éléments de la réserve. Tout allait très bien. On avait parfois des accrochages sur le terrain, parce qu’on est tous des compétiteurs. Pour autant, ça ne faisait pas de nous de mauvaises personnes. On a sans doute une part de responsabilité sur ce qui se passe aujourd’hui, mais le bonhomme choisi pour diriger le bateau n’est pas un bon capitaine. C’est la première fois qu’il entraîne des seniors et il n’a toujours pas compris qu’il entraîne des hommes, des pères des familles et plus des enfants. On n’est plus des gamins, il faut qu’il comprenne ça.

Maintenant, tout n’est pas négatif, ce serait être mauvaise langue de dire ça. Sur le contenu des séances, il connaît son métier, il sait ce qu’il fait. Pas de problème. Par contre, son comportement n’est pas le bon. Dans le vestiaire, on avait l’habitude d’avoir des bonbons, de manger des tartes, des crumbles après les matches, il a supprimé tout ça. C’est symbolique mais je ne comprends pas l’intérêt. On avait notre petit monde à nous, nos habitudes et il faut comme si ça n’existait pas. En plus, ça ne nous a jamais empêché d’être performant, d’aller se battre sur le terrain, bien au contraire. Il a retiré tout ce qui faisait la force de Longueau.

Le nouveau coach n’a pas su s’adapter à ce contexte, il a tout brisé.

Je pense aussi que certains ont oublié d’où ils venaient ou alors il a une emprise psychologique sur eux, je parle du staff qui l’entoure. Le staff a tout oublié, ils font comme s’ils venaient d’arriver, comme s’ils n’avaient aucune affinité avec personne. Ce n’est pas parce qu’on est adjoint qu’on n’a pas le droit d’être en désaccord avec le coach. L’an dernier, ils savaient tous contredire Sébastien Léraillé quand ils le voulaient. Cette année, bizarrement, on a le sentiment que Christophe Huck a la science infuse. A un moment donné, quand il y a dix défaites en dix matches, ce n’est pas que de la faute des joueurs. Ils doivent se remettre en question, mais le staff doit aussi se remettre en question. Or, cette personne-là ne se remet jamais en question. Il est fier, borné, arrogant et hautain.

On a essayé de faire une réunion pour mettre les choses à plat, pour dire que le système ne nous convenait pas, qu’il fallait peut-être revenir à des choses basiques pour prendre des points, retrouver de la confiance. Il a refusé de le faire, il ne sait pas être à l’écoute. Pour lui, c’est comme ça et pas autrement. Il a décidé direct que certains joueurs n’étaient pas au niveau et il n’a pas changé d’idée. Un dirigeant m’a appelé pour se plaindre qu’il ne changeait jamais de composition en dépit des défaites. A partir du moment où on perd et qu’on remet toujours les mêmes bonhommes, c’est impossible de créer un électrochoc chez les joueurs !

Il parle de l’incompétence des joueurs mais je pense que le premier incompétent c’est lui.

On était un groupe, Longueau est un club familial qui avec ses moyens a fait de très belles choses. Le nouveau coach n’a pas su s’adapter à ce contexte, il a tout brisé. Il m’a placardisé dès le départ sans que je puisse avoir une réunion avec lui pour qu’il me parle cash. Il n’est pas franc. Quand j’ai fini par avoir une réunion avec lui, il a commencé par dire que je n’avais pas le niveau. Comment créer un climat serein pour l’échange dans ces conditions ? Il m’a collé beaucoup d’étiquettes et m’a pris en grippe dès le départ sans même me connaître. Aujourd’hui, il se venge en écartant des mecs comme moi, comme Ludo Demetz ou comme Kévin Vanpuywelde parce qu’on est les seuls à ouvrir nos bouches. Il faut qu’il comprenne que nous sommes des hommes, qu’on est en mesure de s’exprimer, de ne pas être d’accord avec lui. Quand tu es intelligent, tu comprends ça et tu écoutes au moins les autres sans leur faire subir des vendetta derrière.

Dernièrement, on m’a appelé pour me dire qu’à l’unanimité le staff avait décidé de me libérer. Je ne pense pas qu’on appelle les gens par téléphone pour ce genre de choses. Il a décrété que je n’avais pas le niveau alors que je fais partie des joueurs les plus capés en National 3 au sein de l’effectif. A Beauvais, il y avait des joueurs qui sortaient de Ligue 2 et de National et ça ne m’a pas empêché de faires des matches. A Roye, à Ailly-sur-Somme et l’AC Amiens, c’était pareil. Je pense sincèrement avoir le niveau. Peut-être qu’il a la science infuse mais dans ce cas-là mes précédents sont des peintres ! Je ne pense pas que ce soit le cas au regard de leur vécu en tant que coach.

Il ne se remet jamais en question alors que partout où il est passé il a foutu la merde (sic.). Il parle de l’incompétence des joueurs mais je pense que le premier incompétent c’est lui. Je pars donc à contrecœur de Longueau parce que je me sentais bien dans ce club. Cela faisait quatre ou cinq ans que j’étais en contact direct avec le président des Portugais, il fallait que ça se fasse un jour et le moment était venu même si j’aurais aimé que ça se fasse dans de meilleures conditions par rapport à Longueau. Maintenant, ils voulaient se séparer de moi, je leur enlève donc une épine du pied.

Vous ciblez directement Christophe Huck et son management. Pour vous, c’est le principal responsable de la situation actuelle du club ?

Pour moi, il a une très grande part de responsabilité et je pense que ceux qui sont à ses côtés la semaine sont complices parce qu’ils s’écrasent devant lui. Ils parlent en dehors, ils remettent en cause les choix du coach mais devant lui il n’y a plus personne pour assumer ! Si plus personne ne peut s’exprimer par peur de sa réaction, c’est un vrai problème. Quand on sait ce que Ludo (Ludovic Demetz) a fait vivre à certains pendant cinq ans et qu’aujourd’hui il n’ait pas un appel… On dirait une secte, comme s’ils étaient tous hypnotisés par leur gourou. Tout ça me fait de la peine parce que l’histoire de Longueau ne va pas s’arrêter à la fin de cette saison en National 3. Il y aura un futur mais aujourd’hui beaucoup de choses sont cassées et la suite me fait vraiment peur. On ne va pas se mentir, cette saison est déjà pliée avec dix défaites en dix matches. Il faudrait un miracle pour qu’ils se maintiennent. Il a voulu tout révolutionner, professionnaliser le truc à fond alors que ça reste un milieu amateur. On n’est pas obligé de tirer la ficelle non-stop, il faut savoir lâcher du lest par moments. Quand on arrive dans un nouvel environnement, encore plus après un succès, on s’appuie sur ce qui a été fait et on apporte du changement au fur et à mesure du tout. On ne gomme pas tout dès le départ en voulant imposer sa touche tel un dictateur. Il n’aime pas les gens qui parlent en face. Il préfère couper la tête à ceux qui assument. Il n’a pas su s’adapter au groupe et au contexte du club.

On a quand même le sentiment que le club de Longueau est au bord de l’implosion, traversé par des scissions énormes aujourd’hui sachant que certains joueurs se montrent toujours solidaires avec le coach…

Un petit peu, on va dire. Aujourd’hui, je ne dirais pas qu’ils sont solidaires, c’est juste que chacun veut faire son petit match de N3 contre Lille ou Lens. Ce n’est pas normal d’avoir que deux ou trois personnes qui s’expriment dans les réunions sur un groupe de 22 joueurs, sachant que beaucoup se taisent alors qu’ils disent des choses à côté. Comment expliquer que des personnes même pas dans le club soient au courant de réunions avant même certains joueurs ? Ce n’est pas normal. Beaucoup s’expriment en externe mais il n’y a plus personne ou presque devant Christophe. Pourtant, beaucoup ne sont pas d’accord avec lui, beaucoup ne comprennent pas ce qui se passe. Par contre, d’autres soutiennent à fond le coach, je ne vais pas le nier. Mais d’autres ne disent rien parce qu’ils jouent et qu’ils ne veulent pas perdre leur place.

Christophe HUCK Longueau
Pour Joffrey Torvic, Christophe Huck n’a jamais su s’adapter au contexte longallois.

On a le sentiment que cette montée en National 3 était finalement un cadeau empoisonné pour le club…

Non, ce n’est pas la montée qui a été un cadeau empoisonné, c’est le choix du nouveau coach. Les dirigeants ont cherché la facilité, la proximité, en prenant le premier coach sous la main. Il aurait peut-être fallu aller chercher une autre personne, quitte à ratisser plus large pour obtenir quelqu’un de plus compétent. Tout simplement.

Pour vous, ce groupe aurait pu mieux performer en National 3 avec un autre coach à sa tête ? Ce n’est pas un problème de niveau intrinsèque des joueurs ? 

Je ne dis pas qu’on se serait maintenus. Par contre, on ne m’enlèvera pas de la tête qu’on aurait au moins un point avec Sébastien Léraillé à la tête de ce groupe. Je ne veux même pas aller trop loin, même si je sais que ça serait plus. Trouvez-moi un article ou Christophe Huck a tiré la sonnette d’alarme. Vous l’avez interviewé, il n’a jamais tiré la sonnette d’alarme, il a toujours dit que Longueau avait bien joué. Ce n’est pas possible. A aucun moment, ça n’a été de sa faute. Il n’a cessé de dire que Longueau avait le niveau… Ca va continuer comme ça jusqu’à quand ?

Ces dernières semaines, des rumeurs faisaient état d’une possible démission de Christophe Huck. Pensez-vous que son départ est ce qui pourrait arriver de mieux à Longueau ?

Oui, je pense qu’il doit partir. Il était venu avec comme objectif de maintenir le club en National 3, même s’il savait que ce ne serait pas facile. Aujourd’hui, il n’a pas réussi et sa mission est terminée. Sauf s’il pense rester l’année prochaine, il faut tout de suite mettre quelqu’un d’autre à sa place pour éviter que ça n’implose au fil de la saison. Il faut arrêter de s’entêter, il faut penser à la saison prochaine. Cette situation ne peut pas perdurer jusqu’en mai, les nerfs sont déjà à vif ! Ca parle de la coupure mais ça va faire du bien un temps. Quand ils vont revenir à l’entraînement, la réalité sera toujours la même. Si Longueau perd encore ce week-end, ça fera 0 point à la trêve, c’est du jamais vu !

Je suis super content de rejoindre les Portugais et je vais leur apporter mon expérience pour les aider à atteindre leur objectif.

Vous semblez être très inquiet pour l’avenir à moyen terme de Longueau…

Beaucoup de clubs ont connu une lourde chute avant de se relever, comme Abbeville ou Ailly-sur-Somme. On sait que tout va très vite dans le football, il suffit d’un grain de sable qui enraye la machine et ça peut aller très vite. Là, il y a déjà deux départs, bon Ludo et moi nous n’étions pas importants visiblement, donc il n’y a aucun souci. Par contre, si on rajoute quatre départs dans les prochaines semaines, ça peut devenir compliqué. Longueau n’est pas un club qui donne des contrats fédéraux à tout va ou qui donne 1000 euros de fixe à des joueurs. Et même en faisant ça, les gens ne viendraient que pour l’argent. Là, il y avait des gens qui étaient amoureux du club comme Ludo. D’autres ne partent pas parce qu’ils aiment le club, parce qu’ils ne veulent pas partir en cours de saison. Pourtant, ils ne supportent plus tout ce qui se passe au sein du club. Là, certains sont venus cette année mais ils ne seront plus là après la descente. Il va falloir les remplacer et parviendront-ils à le faire ? Et si oui, pour des joueurs de quel niveau ?

Pour vous, votre avenir passe par les Portugais d’Amiens où vous allez trouver un contexte bien différent…

Je suis super content de rejoindre les Portugais et je vais leur apporter mon expérience pour les aider à atteindre leur objectif. Je vais faire en sorte de participer à leur développement. Je pense que le moment était venu d’y aller, de rejoindre ce club qui a un très bon coach. Je n’ai jamais eu Benoît (Sturbois), mais j’en ai entendu que du bien. Il y a aussi une très bonne équipe composée de joueurs avec qui j’ai déjà évolué pour la plupart. Je vais retrouver du plaisir, le goût de jouer au football avec des gens qui me voient à ma juste valeur. Il est vrai que le contexte est favorable (ndlr : les Portugais sont leaders de Régional 2), mais je pense que j’y serais également allé s’ils étaient milieu de tableau. Ils ont un très bon coach, un président dévoué et un niveau terrain qui arrive. Le projet est vraiment idéal avec sans doute cet objectif de monter en Régional 1. Même si j’ai raté le début de l’aventure, je veux être présent pour les six mois à venir et les années à venir.

C’est une équipe qui tourne très bien. Il va falloir gagner votre place dans l’entrejeu…

Je suis prêt à me battre pour gagner ma place mais surtout pour aider l’équipe a bien tourné. Je suis vraiment là pour apporter un plus, pour aider l’équipe. La concurrence est aussi une bonne chose pour tirer tout le monde vers le haut et aller chercher des résultats.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

Sollicité pour réagir à l’entretien de Joffrey Torvic, Christophe Huck n’a pour le moment pas répondu à notre demande. La rédaction du 11 Amiénois fait savoir qu’elle reste disponible pour un potentiel droit de réponse de l’intéressé.

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