Hicham Andasmas (Amiens SC f) : « On a hâte que les décisions soient prises »

Hicham Andasmas Amiens SC (f)

Entraîneur des féminines de l’Amiens SC, en lutte pour le maintien en Division 2, Hicham Andasmas se prépare à une possible reprise de la compétition, même s’il doute fortement d’une telle éventualité au regard de la crise sanitaire à l’échelle planétaire. Entretien.

Hicham Andasmas, comment vivez-vous ce confinement ?

C’est un peu dur parce qu’on est hyperactifs quand on est dans le foot, et quand on n’est pas sur le terrain, on est au bord d’un autre pour regarder d’autres matches, et quand on n’y est pas, on est chez nous pour en regarder. Là, ce n’est pas possible, donc c’est forcément plus compliqué. On essaye de garder du lien, donc ça va, et globalement, je le vis plutôt bien. J’ai beaucoup d’empathie pour les soignants qui essayent de faire du mieux tous les jours.

Qu’avez-vous mis en place pour garder du lien ?

On a notre groupe WhatsApp avec les filles et le staff, les filles en ont un entre elles. Ce qui est important, c’est qu’elles animent, et visiblement ce groupe est plutôt bien animé. Globalement, ça va. J’essaye de ne pas trop passer de temps sur Whatsapp. Je préfère appeler directement. J’ai appelé chacune de mes joueuses. Ça a pris du temps, mais j’en avais beaucoup ! Je les ai appelé entre cinq et dix minutes pour prendre des nouvelles.

Comment vivent-elles cette période ?

Globalement, ça a été, parce qu’elles sont toutes accompagnées. Il n’y en a aucune qui est toute seule chez elle et ça me paraît être le plus important. En plus de ça, la plupart a au moins un balcon, une terrasse ou un jardin pour s’aérer un peu l’esprit, faire un peu d’activité sportive et couper du canapé et de la télé. J’ai eu de belles voix, des rires, j’étais content et rassuré.

Quel programme ont-elles pour rester en forme ?

C’était très particulier parce qu’on fait un programme qui est censé nous préparer à reprendre le terrain sans avoir de date. C’était compliqué de construire ce programme. On travaille à la semaine. Au niveau du ballon, je m’occupe de leur donner le plus régulièrement possible des petits défis techniques pour celles qui ont un ballon. La plupart d’entre elles en a un, et je leur donne de quoi faire des exercices techniques, que l’on peut faire seul, sans trop d’espace. Elles m’envoient les vidéos et j’essaye de leur donner des nouveaux contenus. Voilà comment on s’est organisés. Le préparateur athlétique a toutes les données en termes de RPE après séance pour vraiment suivre comment elles se sentent et je leur donne surtout des contenus techniques parce que ça reste important de garder des sensations avec le ballon.

Tout le monde joue le jeu ?

C’est peut-être un peu utopique ce que je raconte, mais on n’a pas été touchés donc tout va bien. Les filles vont bien, leurs proches également. Je n’ai eu que des discussions agréables, avec des filles de bonne humeur, qui ont beaucoup d’énergie et qui sont prêtes à finir le championnat.

Est-ce que ce temps de pause permet de regarder votre situation et votre saison ?

Bien sûr. On prend du recul et on se rend compte que l’on arrive à être encore plus objectifs et moins durs. Je sais qu’à chaud je suis très en colère et c’est qu’il y a beaucoup de négatif dans ma tête. Mon cerveau n’arrive pas à trier le positif et le négatif. Là, je vois des choses intéressantes, du positif, surtout en échangeant beaucoup avec les filles. Finalement, cette situation que l’on rencontre (ndlr : d’être relégable en D2) me permet d’échanger avec les joueuses parce qu’il y a une grosse remise en question à faire de la part de tout le monde. Il faut savoir comment elles ressentent les choses. En général, elles savent qu’il y a des matches où elles n’ont pas fait le travail, d’autres où l’on n’a pas forcément eu de chance. C’est un peu l’addition de tout ça qui fait que l’on est dans cette situation. Il y a toute cette remise en question qui a été faite. Si je dois faire un bilan de tout ça, forcément, en termes de résultats, il est négatif. Par contre, dans la progression, je pense réellement que cette équipe a des arguments à faire valoir à terme. On a eu six arrivées de clubs différents, avec des philosophies et des valeurs différentes. Finalement, ce temps d’adaptation, il compte énormément, sachant que dans ces six joueuses, il y en a cinq qui sont titulaires quasiment tout le temps et une qui a gagné beaucoup de temps de jeu en cette deuxième partie de saison. En Régional 1, j’ai eu sept recrues la première année, il n’y a pas eu de problèmes, mais ce n’était pas le même niveau de championnat. C’est un gros manque d’expérience parce que je n’ai aucune joueuse qui était en D2 la saison dernière, même chez mes recrues. Oui, certaines ont connu la D2, voire la D1 pour Anaïs Pugnetti, mais il faut savoir que la D2 a totalement évolué, ce n’est pas du tout pareil.

Et ce n’est donc pas forcément suffisant pour pouvoir rivaliser tout de suite…

C’est bien plus équilibré maintenant, et on est tombés dans une répartition de groupe en Est-Ouest assez inédite, parce qu’habituellement c’est Nord-Sud. On est dans un groupe B très costaud avec deux équipes qui méritent de jouer en D1. Il y a tout ça qui rentre en ligne de compte et on a besoin de temps pour mettre les choses en place. On manque de temps. En moyenne, c’est neuf mois pour mettre quelque chose en place, et on commence à y être. C’est pour ça que même si on perd 1-0 contre Saint-Etienne, on a fait un match très très correct contre une équipe qui peut jouer en D1 et pourrait même se maintenir en D1. Forcément, il manque aussi beaucoup d’armes offensives. Aujourd’hui, on a une attaquante comme Tiffany Vassant qui marque beaucoup de buts, mais on n’a pas cette deuxième ou troisième joueuse capable de faire gagner l’équipe. C’est trop peu offensivement pour aller gagner des matches. C’est là que la différence se fait aussi. On est capables de tenir un résultat, un 0-0, et à un moment donné, à force de ne pas marquer, on encaisse. Se créer des occasions, ce n’est pas évident, mais ça existe. Par contre transformer les occasions, ça existe un peu moins sauf quand Tiffany Vassant a beaucoup d’espace et de temps pour finir. Mais les équipes adverses ne sont pas bêtes, quand tu es avant-dernier et qu’il y a une joueuse qui est troisième ou quatrième meilleure buteuse, elles savent qu’il faut la serrer et elle a moins d’espace. Elle travaille plus pour les autres, mais elles ne finissent pas encore les occasions. C’est dommage que l’arrêt arrive maintenant parce que Camille Dolignon commençait tout doucement à marquer et elle aurait pu être une arme pour gagner les matches. C’est un petit peu tout ça qui entre en ligne de compte. Un bilan trop simpliste serait compliqué à faire.

Vous relativisez votre analyse habituelle…

Oui, parce que je me dis aussi que ça pourrait être pire. Saint-Denis est à cinq points derrière nous, et on n’est pas à dix points du premier non-relégable. Il reste des matches contre ces équipes-là. Tout est encore à jouer, même si les gens ont tendance à se dire qu’Amiens est avant-dernier depuis longtemps et ce sera globalement ça le classement. Ce n’est pas du tout ce que l’on se dit. On a encore tout à faire, tout à jouer. On a tendance, même en R1, à faire des deuxième partie de saison beaucoup plus solides, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs et je ne saurai pas l’expliquer. C’est en deuxième partie de saison qu’on aime bien faire les choses, même les joueuses le disent, on aime bien jouer avec le feu. Cette année, il reste encore tout à faire et j’y crois dur comme fer à ce maintien. Je ne suis pas le seul parce que j’ai vingt-quatre joueuses qui y croient aussi. Tout le monde y croit. On est tous sur le même chemin. Maintenant, on espère que ça va le faire sur le terrain.

Pensez-vous sincèrement que ça va reprendre ?

Je n’y crois pas du tout. Il faut arrêter de se voiler la face. J’ai lu un article de la Ligue de Football Amateur qui refuse d’imaginer une saison blanche, ce que je peux comprendre parce qu’il y a des équipes en passe de montée, et il y a tout un travail qui a été fait donc ce serait un peu dégueulasse de faire une saison blanche. Mais à côté, ils sont en train de se caler sur des calendriers fictifs, qui n’existent pas. Aujourd’hui, on est incapables de dire que l’on va reprendre le championnat mi-mai ou je ne sais quand. Pour l’instant, c’est du vent, et c’est le gouvernement qui aura la réponse à tout ça. Je trouve ça particulier. On connaît le football et ses enjeux financiers, et, malheureusement, au regard de ces enjeux, c’est pour ça qu’on est le seul sport qui ne s’est pas positionné sur l’arrêt éventuel des championnats. Tout le monde suit l’actualité, et quand on voit que les JO, l’Euro, Wimbledon, Roland-Garros sont reportés ou annulés, et qu’il n’y a que le foot qui pense pouvoir reprendre… Le volley et le hand ont dit « stop ». Je ne comprends pas trop. J’ai du mal à imaginer comment on pourrait reprendre le championnat mais en tout cas, je me conditionne et je conditionne mes joueuses pour reprendre et finir cet objectif maintien sur le terrain. Personnellement, je n’y crois pas du tout. Pour la santé et la sécurité des gens, je ne vois pas comment reprendre une vie aussi normale après un épisode aussi historique et inédit que celui que l’on vit. C’est paradoxal parce que je n’y crois pas, mais je me prépare quand même. C’est difficile de se faire un scénario dans la tête où l’on va partir deux jours, dormir à l’hôtel pour jouer à Grenoble ou Thonon alors que tout le reste ne va pas vivre et ne va pas exister.

En Division 2, vous êtes pris en étau entre le monde professionnel et le monde amateur qui ont tous deux des visions différentes pour terminer la saison…

Exactement. En imaginant tous les scénarios possibles, le mieux est de faire les montées et pas les descentes, faire de plus gros groupes pour rééquilibrer plus tard. Sauf que pour nous, c’est impossible parce qu’il y a vingt-quatre prétendants en barrages pour seulement quatre places. En R1, Valenciennes a du retard aux deux premiers et si elles gagnent leur match en retard, elles passent deuxième et deviennent qualifiées pour les barrages. C’est un casse-tête complet. Pour notre championnat, qui est vraiment spécifique et qui est le seul en France dans ce cas, je ne vois pas du tout comment ils vont voir les choses. Soit ils annulent la saison, soit ils terminent, c’est tout. A moins qu’ils s’autorisent à finir en juillet et août, aujourd’hui, en R1 féminine, quel coach va pouvoir rassembler ses joueuses pendant les vacances d’été ? Aujourd’hui, même en ayant des prétentions pour monter, ce sont des filles qui travaillent et viennent le soir s’entraîner. Même en D2, ça arrive encore. Ce ne sont pas des filles qui vont se priver de vacances prévues depuis décembre pour aller finir le championnat. C’est là que la fédé a un gros casse-tête. Je n’aimerais pas être à leur place parce que peu importe la décision prise, il y aura des mécontents. Très honnêtement, je ne sais pas quelle décision sera prise, mais on sera là pour la respecter parce que la commenter et pleurer sur notre sort ne changeront rien. On est à la disposition, et s’il faut reprendre, on reprendra. En tout cas, on est conditionnés pour le reprendre. S’il y a saison blanche, ce sera tant mieux pour nous au vu des résultats. Se maintenir comme ça, ça conditionne une année suivante différente. C’est vraiment particulier et j’espère vraiment qu’on pourra se maintenir sur le terrain, mais d’un autre côté, je ne vois pas comment on peut reprendre le championnat. J’essaye vraiment de me laisser aller et vivre à ce niveau, parce que c’est une grosse équation à résoudre.

Quel serait votre plan d’action si vous aviez à décider ?

Je pense très clairement, au vu des enjeux sanitaires, qu’il ne faut pas reprendre. Quand je vois le nombre de personnes qui entrent à l’hôpital et qui décèdent… Vu qu’on n’a pas énormément d’exemples dans le monde du foot, en dehors du président Pape Diouf, les gens ne se rendent pas compte que le sport doit passer après et que l’on doit reprendre la saison comme si elle n’avait pas existé. Pour moi, c’est comme ça qu’on doit voir les choses. C’est être aussi solidaire des décisions du gouvernement en faisant ça, tout simplement. Je suis dans le monde amateur. Même si on est en D2 féminine, on est dans un championnat amateur qui appartient à la FFF, et on est fait partie de la Ligue de Football Amateur. On n’est pas géré par la LFP. Ça va être trop compliqué. Pour un club comme Calais qui est premier de R1, qui mérite de faire les barrages et monter, ce serait désolant, parce qu’il y a tout un travail qui a été fait, mais si on compare ça à l’enjeu sanitaire du pays, le choix est vite fait. Personnellement, je me suis préparé avec deux plans d’action. J’ai préparé la fin de la saison, et la saison prochaine. On est toujours en contact avec le président pour savoir quel budget sera alloué l’année prochaine parce qu’on dépend de la Ligue 1 pour ça. Aujourd’hui, on part sur un budget, mais on ne sait pas exactement ce que l’on va avoir. Le club d’Amiens gère très sainement donc on va partir sur le plus petit budget possible de manière à ne jamais nous mettre dans le rouge. Voilà comment on prépare ça. Mais on a hâte d’une chose, c’est que les décisions soient prises.

Tous propos recueillis par Romain PECHON et Adrien ROCHER

L’Amiens SC (f) à la lutte

Pour sa première saison en Division 2, l’Amiens SC n’a pas eu la tâche facile. Sans jamais prendre de claque, contrairement à des concurrentes directes, les filles d’Hicham Andasmas ont néanmoins souffert durant la première partie de la saison, avec une seule victoire sur le terrain de Saint-Denis, la lanterne rouge. Et alors que la messe semblait dite à la trêve, Jennifer Meunier et les siennes ont repris un peu espoir avant l’arrêt des compétitions en donnant le sentiment de monter en puissance sur les derniers matches disputés. Pour autant, la situation demeure précaire avec une avant-dernière place à sept journées du terme.

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