Francis De Percin (Amiens SC) : « On aurait pu attendre mieux d’un groupe de cette qualité »

Francis De Percin Amiens SC
Hugo Pfeiffer/Icon Sport

Entretien Le 11 – A l’image de Philippe Hinschberger, Francis De Percin dresse un bilan plutôt mitigé de sa première saison en Picardie. Sans aller jusqu’à parler de gâchis, l’entraîneur adjoint de l’Amiens SC estime que le potentiel était présent pour prétendre à mieux sans certains virages ratés dans la saison. 

Francis, quel sentiment vous laisse ce dernier match à domicile face au Paris FC ?

Ce match résume un peu notre saison. Il y a de la frustration parce que je trouve qu’on a fait un bon match voire même un très bon match, contre un adversaire qui va jouer les barrages. Avec un peu plus de réalisme, on peut clairement mener à la mi-temps. Malheureusement, on se fait rapidement cueillir en début de seconde mi-temps. Le positif reste notre capacité à revenir à 2-1 et je pense même qu’on avait les moyens pour aller chercher le match nul. Ça symbolise notre saison, parce qu’on a globalement manqué de réalisme dans nos temps forts. Et là, ça nous prive d’un dernier succès à domicile cette saison.

Et la saison de l’Amiens SC se termine un peu comme elle avait commencé…

Sans refaire l’histoire de cette saison, on a eu une entame compliquée qu’on a traînée comme un boulet. On a eu une période plus faste qui nous a permis d’atteindre la fatidique barre des 42 points synonyme de maintien. Depuis, on a pris que deux points (ndlr : en quatre matches) et c’est vrai que c’est décevant. On aurait pu attendre mieux d’un groupe de cette qualité.

Pour vous, il y avait donc matière à faire mieux avec ce groupe ? 

J’en suis persuadé ! Quand on regarde les joueurs qui composent cet effectif, on n’était en droit d’attendre de meilleurs résultats et beaucoup plus de maturité dans notre jeu. C’est une déception pour moi mais pour beaucoup de monde, à commencer par les joueurs. Ils avaient à cœur de faire mieux, mais ils n’ont pas réussi à faire mieux. Rejeter la faute uniquement sur les joueurs serait trop facile aussi, c’est un ensemble. C’est une saison frustrante.

Cette treizième place reflète notre saison et ses lacunes.

En novembre, l’Amiens SC était encore relégable après son match nul au Havre. Avez-vous craint le pire à ce moment-là ?

Je ne dirais pas que j’ai eu peur, ce n’est pas le mot exact. Je dirais plutôt que j’étais inquiet. Après par rapport au potentiel du groupe, je savais que si on trouvait les bons leviers pour permettre aux joueurs de se sublimer, on allait réussir à inverser la vapeur. C’est ce qui s’est passé pour nous permettre de ne pas vivre le pire. Après, on n’a pas forcément su gérer la décompression qui nous a fait rejoindre dans nos travers.

Parce que finalement cette saison se résume à un seul gros trimestre…

C’est ça, oui. On démarre mal, on a une bonne période puis on peut parler de relâchement inconscient quand l’objectif maintien était atteint. Je parle d’inconscient parce que je reste persuadé que les joueurs entraient sur le terrain avec l’envie de donner le meilleur et de gagner. Mais on ne peut pas nier une forme de relâchement. On ne faisait plus forcément les efforts consentis pendant la bonne période de fin octobre à fin janvier, on en a pris le maximum de points à domicile, tout en parvenant à revenir avec quelque chose de nos déplacements. On a eu beaucoup de mal à rester sur notre lancée sur cette fin de saison.

Il a aussi manqué à l’Amiens SC cette victoire à l’extérieur pour connaître une vraie série et faire la bascule du bon côté en intégrant réellement la première partie de tableau…

C’est indéniable, oui. A l’extérieur, on a vraiment eu l’opportunité de prendre les trois points sur plusieurs matches. On a mené au score (ndlr : QRM, Rodez, Pau), mais on n’a jamais réussi à tenir un score, à faire un match complet. Avant d’aller à Auxerre, on n’a que deux victoires à l’extérieur, ce n’est clairement pas beaucoup. L’autre indicateur, qui rejoint mon idée selon laquelle on a manqué d’efficacité dans nos temps forts et qu’on n’est pas passé loin à plusieurs reprises à l’extérieur, c’est notre nombre de matches nuls avec 17 matches nuls (ndlr : dont 11 à l’extérieur). C’est la première fois que je vis ça, c’est frustrant là encore. Tout ça fait qu’à l’arrivée on est à la place qu’on mérite. Cette treizième place reflète notre saison et ses lacunes.

Francis De Percin à Monaco lors du quart de finale de coupe de France en février dernier (Johnny Fidelin/Icon Sport)

Serait-ce réducteur de dire que le problème était avant tout mental, notamment en termes d’implication sur certains matches ? 

Quand on regarde notre parcours, on n’a pas battu une seule équipe du top 5. Il y a une vraie force mentale et collective se dégageant de ces équipes, une force qu’on n’a pas su avoir sur l’ensemble de la saison. On l’a eu mais sur une période beaucoup trop courte pour prétendre à mieux. Quand on prend le match à domicile contre Ajaccio à domicile ou bien encore le PFC à moindre mesure, puisqu’ils ont montré un peu plus de choses, c’est le genre de match que tu dois être en capacité de remporter si tu as l’ambition de jouer les premiers rôles. C’est clairement ce qui nous a fait défaut sur l’ensemble de la saison.

Pourtant, les joueurs semblaient afficher la volonté de terminer le plus haut possible pour se prouver quelque chose. Mais la sixième place évoquée au mois de mars est très loin désormais…

On en est très loin. Il suffit de voir où en est Guingamp aujourd’hui. A un moment donné, ils étaient derrière nous (ndlr : jusqu’au 16 mars et le 29ème journée) et qui a su trouver les ressources mentales pour bien terminer le championnat (ndlr : actuellement sixième avec onze points de plus que l’ASC). De notre côté, avec du recul, j’ai l’impression qu’on s’était satisfait d’avoir atteint le premier objectif qui était le maintien et c’est bien dommage.

Cette saison de l’Amiens SC est finalement loin de vos espérances. Comment vivez-vous cette déception ? 

Ce n’est pas simple. Quand on est arrivé ici avec Philippe, on est venu avec beaucoup d’ambitions. Amiens est un club avec de bonnes structures, un potentiel public intéressant, un stade qui sent le football, un public qui est derrière son club. On a senti tout ça dès nos premiers matches à la Licorne. Notre ambition était d’être au moins dans le top 10 voire d’aller chercher le top 5. Notre mauvais début de saison nous a vite refroidis, nous a fait mal. Maintenant, il faut qu’on arrive à travailler dans la continuité, à avoir une forme de stabilité au sein de l’effectif – même si je sais que ce ne sera pas simple – pour faire une bien meilleure deuxième saison. On a aussi découvert un club qui a un mode de fonctionnement différent de ce qu’on a pu connaître à Grenoble, il a fallu assimiler tout ça.

Tout ça doit nous faire grandir pour ne pas reproduire les mêmes erreurs, en bâtissant une équipe solide le plus vite possible.

Dans quel état d’esprit abordez-vous la saison à venir ?

Philippe (Hinschberger) a déjà commencé à travailler avec John (Williams) et le président (Bernard Joannin) sur la prochaine saison. J’ose espérer qu’on aura un temps d’avance cette fois-ci pour pouvoir constituer un effectif compétitif pour répondre présent dès le début de saison. On a besoin d’avoir notre effectif dès la préparation, c’est certain. L’an dernier, on a commencé la préparation avec un effectif et sur le premier match de championnat il y avait 30 à 40% de joueurs qui n’avaient pas fait la préparation avec nous. Pour pouvoir véhiculer des valeurs et passer des messages, c’est plus simple quand on a notre effectif dès le départ. Tout ça doit nous faire grandir pour ne pas reproduire les mêmes erreurs, en bâtissant une équipe solide le plus vite possible. J’ai un caractère optimiste et je considère qu’un club comme Amiens doit bien figurer en Ligue 2. J’aborde donc avec envie et gourmandise cette deuxième saison à l’Amiens SC où il nous faudra montrer un bien meilleur visage.

En occultant le cas spécifique de Toulouse, on a le sentiment qu’il y a un modèle à suivre à savoir celui de Brest, Lens, Troyes, Lorient ou bien encore Clermont, à savoir travailler dans la continuité avec des joueurs qui connaissent bien le championnat pour espérer jouer les premiers rôles…

Quand on regarde le top 5 cette saison, il y a Sochaux qui travaille avec un effectif sensiblement stable et le modifie par dose homéopathique. Auxerre, le Paris FC ou Sochaux c’est la même chose. C’est une constance qu’il ne faut pas négliger. A Grenoble, il a fallu attendre la troisième saison pour avoir les très bons résultats de la saison dernière. Je crois beaucoup en la stabilité d’un effectif pour pouvoir performer dans ce championnat. A Clermont, les joueurs évoluaient ensemble depuis plusieurs saisons, ils y a des automatismes et des valeurs acquis par tout le monde. A partir de là, c’est beaucoup plus simple. Il faut s’inspirer du travail fait par ces clubs qui jouent régulièrement les premiers rôles en Ligue 2 pour pouvoir se battre avec eux.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.