Edwin Pindi (USL Dunkerque) : « On est toujours un club en construction »

USL Dunkerque Pindi
©MAXPPP

A l’approche de la deuxième saison consécutive de l’USL Dunkerque en Ligue 2, son directeur général, Edwin Pindi, revient sur le choix de Romain Revelli pour remplacer Fabien Mercadal et sur la gestion financière des derniers mois. Entretien.

Pourquoi ce choix de Romain Revelli pour démarrer le nouveau cycle sportif de l’USL Dunkerque ?

Tout d’abord, on a décidé d’un commun accord d’arrêter avec Fabien Mercadal parce qu’on était en bout de course. On le remercie parce qu’il nous a maintenu sportivement, on en avait besoin. Ensuite, dans le profil ciblé, on voulait un entraîneur avec beaucoup d’envie et qui nous correspondait humainement. Aujourd’hui, on est toujours un club en construction donc c’est important d’avoir un entraîneur qui rejoigne les valeurs de notre projet. On n’est pas encore un club pro avec une dizaine d’années d’expérience, on est encore en construction, avec des infrastructures en construction, une histoire à écrire au niveau professionnel, donc il faut d’abord beaucoup d’envie et cette capacité à faire monter des jeunes joueurs parce que c’est un autre champ de notre projet que l’on considère comme important. Il faut surtout un homme de caractère et fédérateur dans le club. Romain réunit toutes ces qualités-là, ça a très bien matché dès les premiers entretiens alors qu’on a rencontré quatre ou cinq entraîneurs. Il a un projet de jeu qu’il a déjà expliqué qui est très porté vers la transition et c’est un discours qui nous a plu. Je ne cache pas non plus que son analyse extérieure de notre saison passée nous a beaucoup plu aussi. On aime beaucoup sa mentalité d’homme et cette volonté de vouloir prouver. Il a un bon amalgame entre l’expérience du haut niveau – qu’il a connu en tant qu’adjoint en Ligue 1 – et celle un peu plus basse que ce soit à Cholet, en National, ou avec Andrézieux, en National 2. Il a une aussi une expérience fédérale parce qu’à son début de parcours de technicien, il a travaillé avec le District de Haute-Loire. C’est un vrai parcours intéressant. Il a aussi été formateur, il a ses diplômes pour la formation et entraîner en pro. Ca correspond vraiment à son ambition, son humilité, son parcours parce qu’il est capable d’avoir une vraie connaissance sur les jeunes et la façon dont les faire évoluer et percer.

Son manque d’expérience en tant que numéro 1 en professionnel n’a donc pas été un frein…

Effectivement, il n’est pas connu après du grand public, mais il a un vrai vécu. Il y a dizaine d’années, il allait à travers l’Europe avec Saint-Étienne pour jouer la Coupe d’Europe. Alors ce n’est pas du vécu en tant que numéro 1 mais quand vous êtes adjoint en Ligue 1… Surtout avec son profil où il anime beaucoup, il est très proche de son groupe, il parle beaucoup, il harangue et il avait déjà ce rôle quand il était adjoint. On n’était pas dans cette problématique d’expérience, bien au contraire. On fait partie de ces clubs qui ont envie de donner leur chance à des techniciens qui ont de l’ambition et un vrai potentiel. Aujourd’hui, on est persuadé que Romain est de ceux-là. Maintenant, la saison nous le montrera. Ce n’est pas un frein pour nous parce que le plus important était de bien comprendre le projet du club, là où on se situe et de bien savoir dans quelle direction on veut aller. Il faut aussi être prêt à continuer à jouer le maintien parce que ça ne fait qu’une année qu’on est en Ligue 2 donc ça sera encore difficile. On aura certains moments qui seront difficiles aussi. Plus qu’un manque d’expérience pour Romain, je dirais que c’est plus un manque d’exposition.

Quel impact a eu la décision de la DNCG durant l’hiver ? Est-ce un soulagement d’avoir eu le feu vert il y a quelques semaines ?

En réalité, ce n’était pas un soulagement pour nous. On était assez serein parce qu’il y a avait une problématique d’investisseurs mais c’était une problématique sans l’être. Nous avions prévisionné des dépenses mais sans les effectuer. On a toujours été serein dans notre façon d’aborder les choses parce qu’on n’a jamais dépensé ce qui n’était pas arrivé et on n’était pas en danger. C’est pour ça qu’aujourd’hui, il n’y a eu aucun impact dans la structure interne, que ce soit sur les joueurs, les administratifs parce qu’on a communiqué. On a laissé parler l’extérieur parce que les gens faisaient leur interprétation, ce qui est normal, mais ce qui était important pour nous c’était de communiquer à notre structure, parler à nos salariés et leur expliquer pourquoi on avait eu cette sanction. Ca s’est très bien passé et je vais même aller plus loin, ce qui intéresse les salariés, le staff, les joueurs, c’est de savoir s’il y a un problème de trésorerie et ce n’était pas le cas. Chaque salarié a toujours été payé en temps et en heure et ça a toujours été le cas depuis que je suis à l’USLD; Il n’y a jamais eu de problèmes dans les investissements que l’on a pu effectuer. Il a fallu faire des investissements avec la montée en Ligue 2 mais le club l’a fait avec ses ressources et ses moyens. Il y a eu cette communication par rapport à la décision qui a eu de l’impact en externe, mais c’est là où il était le plus important. Dans une saison Covid où vous n’avez pas le loisir de rencontrer vos partenaires, c’était pénalisant sur ce côté communication externe parce qu’on a pu expliquer ces choses aux joueurs et au staff et on a pu les rassurer.

Comment réagissez-vous à la nouvelle affaire des droits télés lancée par beIN Sports il y a quelques jours ?

On découvre, mais on n’est pas les seuls. Ce qui arrive depuis un an c’est du jamais vu dans le football français. On a un organe qui est la LFP qui doit gérer ces dossiers-là. On a des réunions régulières, on a suivi ce qu’il se passe mais on fait surtout confiance à la LFP qui est là pour défendre ses clubs. On est à l’écoute, on suit ça de très près, mais en un an entre la défection de Médiapro et les négociations qui ont suivi avec Canal+, on a vraiment appris beaucoup de choses. La première, c’est de toujours s’appuyer sur ce que l’on connaît, ce sur quoi on a des certitudes, même si personne ne pensait qu’on aurait pu avoir une défaille au niveau des droits télés l’an dernier. On va rester à notre place. Il y a des gens qui sont là pour décider, notamment la LFP, et nous on est là pour gérer ce qu’il y a en notre possession. On espère qu’on aura une saison beaucoup plus tranquille mais pas seulement au niveau des droits télés, mais aussi par rapport à toute la problématique Covid. On a envie de retrouver du monde dans notre stade, du liant, des gens avec qui on peut partager des émotions. Ca a été une saison très frustrante. Quand vous montez après vingt-cinq ans d’attente, il y a une vraie frustration dans le Dunkerquois, mais elle commence aussi à l’intérieur du club. Certains dirigeants ont passé des dizaines d’années ici, attendaient ce retour mais ne pouvaient pas venir aux matches avec les conditions que l’on a pu connaître la saison dernière. Ca a été très difficile à encaisser parce que c’est un bonheur que l’on voulait partager, et c’est pareil au niveau des supporters, des partenaires, de la collectivité. On a un stade que l’on a envie de partager, un stade qui devrait être livré en début d’année 2022. Au-delà des droits télés, il y a ce coronavirus qui nous touche tous et dont on a envie de sortir pour retrouver une vie et une activité normale parce qu’on fait beaucoup de choses qui ne se voient pas en raison du contexte. On a dû créer une bulle autour de l’équipe première et des gens qui les côtoient.

Qu’est-ce qui manque à Dunkerque pour s’installer comme un vrai club professionnel ?

Au-delà de la structuration sportive et dans les infrastructures, il y a une vraie structuration administrative. Aujourd’hui, Dunkerque a une quinzaine de personnes qui travaille dans ce secteur parce qu’on se doit de répondre aux exigences du monde pro, qu’elles soient juridique, financière ou structurelle, avec l’exploitation d’un stade. Un club est une entreprise avec des commerciaux, de la finance, de l’administratif et le club a beaucoup grandi là-dessus. Je suis arrivé il y a dix ans et Dunkerque est en perpétuelle évolution et est une vraie entreprise aujourd’hui. C’est important de le signaler. Quand vous passez du monde semi-pro au monde professionnel, il y a un vrai fossé structurel parce que les cahiers des charges sont très importants. Ca a commencé avec le fait de faire homologuer le stade qui n’était qu’à la moitié de sa livraison l’année dernière. Il a fallu répondre aux normes de la LFP et recruter en conséquence. On a un secteur administratif au sein du club, plusieurs sections sont apparues comme le futsal ou la section féminine qui est apparue il y a quelques années. On fait du football de masse avec plus de 650 licenciés. Maintenant, pour répondre plus précisément à la question, il manque de l’histoire récente et elle va se faire par les résultats sportifs, avec le maintien en Ligue 2. Ensuite il y a les infrastructures, on y revient, parce qu’on a un stade qui va sortir de terre et on en train de travailler sur le centre d’entraînement et le centre de formation. On manque aussi d’expérience mais elle vient avec le vécu. On va encore souffrir parce qu’on construit des infrastructures, qu’on se développe humainement mais parce qu’on doit aussi aller chercher un développement économique. Il faut plus de partenaires, remplir le stade, organiser des évènements.

En trois ans, on essaye de combler un peu le retard accumulé depuis près de trente ans.

La combinaison de tous ces aspects fera qu’on aura accru nos ressources, notre fonctionnement et nos infrastructures. C’est ce qui permettra de combler le retard par rapport aux clubs de Ligue 2. Quand vous prenez notre histoire, elle est coupée en deux. Il y en a une récente, depuis 1996, qui se joue dans le monde amateur entre le CFA, un passage en CFA2, le National et maintenant en Ligue 2. L’histoire plus ancienne, le club était en D2, mais c’était la D2 des années 90 et le football a beaucoup changé. Dans les vingt-cinq dernières années, quand le football est devenu une vraie industrie, un vrai business, ça a correspondu avec le moment où Dunkerque était en amateur. Tous les clubs qui étaient pros ces vingt-cinq dernières années ont des centres de formation, d’entraînement, des stades flambants neufs, des structures importantes avec parfois cinquante salariés administratifs. Pendant que tous ces clubs étaient ancrés, de notre côté, on était dans le giron amateur. Prenons un exemple simple sur la formation. On en vient à lutter contre des clubs comme Caen ou Le Havre, mais ces deux clubs avaient déjà leur formation il y a vingt ans, un stade, un centre d’entraînement. En trois ans, on essaye de combler un peu le retard accumulé depuis près de trente ans. Il faut du temps mais surtout du soutien, qu’il soit financier, ou de la part des supporters pour pouvoir continuer à grandir. Ce qu’il se passe aujourd’hui n’est que la conséquence logique des vingt-cinq dernières années, mais c’est aussi ce qui fait que le projet est enrichissant et intéressant. Il y a une histoire à réécrire parce qu’elle n’existe pas dans la période contemporaine.

Tous propos recueillis par Adrien ROCHER

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.