Daoud Bourma (Amiens Portugais) : « C’était une belle expérience, une opportunité à saisir »

Début juillet, la sélection nationale du Tchad s’est réunie pour un stage à Tourcoing, dans le Nord, avec dans ses rangs Marvin Assane et Samuel Betina, ex-pensionnaires respectivement de Camon et de l’Amiens SC. Joueur de l’Amiens Portugais en Régional 2, Daoud Bourma était présent et a avoué sa fierté d’y avoir participé. Entretien.

Daoud Bourma, quel était le but de ce stage ?

C’était un rassemblement où le sélectionneur a réuni beaucoup de joueurs dans le Nord de la France. J’avais déjà participé à une détection au Camp des Loges où l’on avait fait un entraînement puis un match contre l’équipe C du Paris Saint-Germain afin qu’ils puissent voir les joueurs d’origines tchadiennes qui pouvaient prétendre à la sélection. À l’issue de cette détection, j’ai été appelé pour le stage à Tourcoing. Il y avait des internationaux présents, dont certains qui ont joué le dernier match de qualification à la Coupe d’Afrique des Nations face au Mali (ndlr : victoire du Mali 2-0 en novembre 2019). C’était quelque chose de sérieux. Le sélectionneur Emmanuel Tregoat m’a recontacté suite à ça parce qu’il a vu des qualités en moi et il voulait me revoir au travers d’un stage de quatre jours avec des internationaux pour voir comment ça se passe.

Comment s’est-il déroulé ?

Cela s’est déroulé du 6 au 9 juillet à Tourcoing, au Kipsta Stadium. On était logés à l’hôtel, on avait trois entraînements par jour. Le premier à 7h, le deuxième à 10h30 et le dernier à 15h30. C’était un vrai stage de préparation mais aussi de reprise avec l’arrêt. À 18h30 on avait une séance vidéo. Un analyste vidéo nous filmait pendant les entraînements et essayait d’intégrer les joueurs par des fiches pratiques et techniques. Il nous a par exemple sorti la fiche de Casimir Ninga expliquant son temps de jeu, ses statistiques et tout ce qu’il s’est passé sur sa saison. On a vu quelques vidéos sur les matches qu’ils ont déjà pu faire aussi. Je ne vais pas mentir, je pars de loin et ce sera compliqué pour un joueur de Régional de prétendre à la sélection mais c’était une bonne expérience. Le niveau était relevé, il y avait des joueurs de National 2 et National 3. On n’était que trois à jouer en Régional, le reste venait d’au-dessus ou alors de Belgique. Deux joueurs sont mêmes professionnels au Luxembourg. J’ai eu de la fierté à y être par rapport à mon pays d’origine, mais aussi par rapport à l’expérience que je peux en tirer. On était très bien suivis, il y avait le staff technique, l’entraîneur adjoint, deux préparateurs physiques et un analyste vidéo. Tous les matins, on pointait auprès d’un préparateur pour évaluer notre état de fatigue et de sommeil. Ils veulent créer un suivi.

Pour être dans le radar du pays d’origine, ce qui n’est pas rien…

Tout à fait, je ne me fais pas d’illusion parce que je suis en Régional. Mais qui ne tente rien n’a rien ! Il y a de la fierté d’évoluer avec des joueurs de bon niveau, mais aussi des jeunes joueurs qui viennent de championnats U17 ou U19 nationaux. On en a un qui joue au Havre dans ces catégories. C’était une belle expérience. On sait comment ça se passe pour les petites nations comme la nôtre, c’est très compliqué d’avoir des joueurs et de faire un suivi.

La sélection tchadienne réunie à Tourcoing

Comment s’est fait le contact pour intégrer ce stage ?

J’ai fait la démarche de moi-même pour la détection. J’avais appris qu’il y avait un nouveau sélectionneur et je l’ai contacté via Facebook pour lui dire que j’étais intéressé, que j’évolue en Régional à Amiens. Suite à ça, j’ai été amené à participer à la détection en octobre 2019. Ensuite j’ai été convoqué et j’y suis allé personnellement.

Qu’avez-vous retiré de cette expérience ?

C’est une fierté de pouvoir évoluer avec d’autres joueurs qui ont participé à des qualifications avec le Tchad. J’ai retrouvé un joueur qui a par exemple joué contre l’Égypte de Mohamed Salah. C’était une belle expérience, une opportunité à saisir et une fierté d’être avec son pays d’origine. C’était très cadré et strict. On a eu les nouveaux équipements, on nous a offert des crampons. On avait des ensembles pour l’entraînement, la tenue pour aller manger où on devait tous avoir la même. Le footing matinal c’était par exemple à 6h45, et si on arrivait à 6h50 on entendait parler du pays ! C’était pareil pour le retard à la collation ou au déjeuner, ça ne passait pas. Les choses étaient prises très au sérieux. Ça permettait de voir la motivation de chacun. Un membre de l’exécutif de la fédération était même présent pour visualiser le sérieux du stage.

Ça doit motiver encore plus pour la saison qui arrive…

Totalement ! On a fait une reprise anticipée, des tests VMA, ça remet en plein dedans ! Évoluer avec des joueurs en N2 ou N3, je n’ai pas connu ça. Quand on est aux Portugais en R2, ça change ! Là où j’ai envie d’appuyer c’est que c’était avec grand plaisir et surtout fierté. Le sélectionneur apprécie mes qualités et m’a dit qu’on resterait en contact. Je sais que ça va être difficile pour moi mais on s’accroche et on ne sait jamais. Le pourcentage d’être appelé pour un match, même amical, est bas mais il faut y croire. Les joueurs appelés vivent du football, moi c’est différent. J’ai dû poser une semaine de congés pour participer au stage et il y a toute une organisation à avoir.

Vous n’étiez pas le seul Amiénois puisque Marvin Assane et Samuel Betina étaient présents…

Je connaissais déjà Marvin mais pas Samuel, donc on a appris à se connaître. Marvin (ndlr : ex Ailly-sur-Somme et Camon) a déjà participé à un match amical avec la sélection contre le Cameroun et il s’était blessé là-bas, sur une double fracture tibia-péroné. Sa situation explique bien mes propos parce que c’est un joueur de National 3 et il a pu être appelé pour un match. C’est vraiment différent pour les petits pays. C’est difficile pour que l’on s’intéresse à toi, mais on a un groupe Whatsapp avec les joueurs du stage, les pré-sélectionnés où l’on s’échange des infos. Le sélectionneur est originaire du nord de la France, et comme parfois on joue dans les Hauts-de-France il peut se déplacer pour voir des matches. Je parle aussi avec lui pour décrypter mes performances et la situation dans mon club. J’y suis allé en étant bien conscient qu’il y a une sacrée différence de niveau mais je n’avais aucun complexe d’infériorité. À partir du moment où il m’a appelé, c’est qu’il a vu quelque chose chez moi et ça m’a mis en confiance. Quand je suis arrivé là-bas, je ne me suis pas dit « untel est en N2, lui en N3, je n’ai aucune chance ». J’ai joué mon football et advienne que pourra. Je sais que je n’ai pas été ridicule et ça me motive encore plus.

C’est un rêve qui pourrait se réaliser à l’avenir ?

Être appelé rien que pour un match amical, je signe tous les jours surtout que les frais sont pris en charge. C’est un autre monde ! Et je ne vais pas aller trop loin, mais il y a certains joueurs de N2 ou N3 qui ont été sélectionnés par leurs pays et ont pu se trouver un autre point de chute grâce à ça, un peu comme Melvin Adrien (ndlr : ex AC Amiens) qui a participé à la CAN avec Madagascar. C’est fou ! Mais je n’ai aucun complexe d’infériorité, à partir du moment où je suis là-bas, je défends mon jeu et j’essaie de me démarquer comme je peux avec mes qualités. Ils vont jouer un match de qualification dans les semaines qui arrivent contre la Guinée, mais mes chances d’être appelé sont minimes parce qu’ils ont déjà perdu leurs deux premiers matches.

Tous propos recueillis par Adrien ROCHER

À lire aussi :

Benoît Sturbois (Maroc) : « C’est une belle réussite ! »

Sébastien Léraillé (ESC Longueau) : « Le challenge s’annonce très relevé »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.