Benoit Sturbois (Amiens Portugais) : « J’aurais été extrêmement énervé »

Grâce à un succès juste avant le confinement, l’Amiens Portugais avait éloigné le spectre d’une relégation en Régional 3 en cas d’arrêt définitif des compétitions. De quoi satisfaire Benoît Sturbois, son entraîneur, même si celui-ci aurait préféré une saison blanche. Entretien.

Comment accueillez-vous la décision de la FFF de stopper les championnats en procédant à une relégation par poule ?

La décision est ce qu’elle est. En principe, elle valide le maintien de notre équipe première et de notre réserve. C’est une très bonne nouvelle pour nous. D’autres équipes vont se sentir lésées, je les comprends. Maintenant, je continue de penser que la saison blanche aurait été plus équitable pour l’ensemble des clubs. Tant mieux pour ceux qui ont la chance de monter. De notre côté, on va désormais se tourner sur la saison prochaine, sans vraiment savoir quand elle va pouvoir démarrer. 

Selon vous, la FFF a eu tort de vouloir à tout prix acter des montées et des descentes cette saison ?

Je le pense, oui. Entre un troisième qui peut s’estimer lésé parce qu’il pensait pouvoir monter et un dernier qui avait encore la possibilité de se maintenir, il y a déjà une différence. Le troisième va repartir au sein du même championnat la saison prochaine, l’impact de cette décision est donc limité. Par contre, le dernier va descendre et subir de plein fouet ce règlement. Quitte à choisir, je préfère être troisième et me sentir un peu lésé que d’avoir la frustration du dernier qui descend sans avoir pu défendre sa place jusqu’au bout. C’est pour ça que je militais pour une saison blanche. Dans le pire des cas, seuls les potentiels promus étaient impactés, avec des conséquences moins graves que pour des relégués. Si j’avais été dans le wagon des descentes, j’aurais été extrêmement frustré et énervé. 

Ce qui est le cas de Montières aujourd’hui en Régional 3…

J’en ai discuté avec Romain (Collet, ndlr : l’entraîneur de Montières). Quand on applique le quotient à leur situation, il y a de quoi l’avoir mauvaise. Aujourd’hui, ils ont joué un match en moins par rapport au RCA, leur concurrent pour le maintien, ils ont un point de moins, ce qui prouve qu’ils avaient le même parcours avec un nombre de matches identique, et ils se retrouvent dans la charrette pour un quotient à 0,60 contre 0,63 à leur adversaire, qui a eu la chance de jouer un match de plus. Il y a de quoi être très énervé, ça casse les couilles pour eux (sic.) ! A un moment donné, on ne peut pas appliquer le règlement sans pédagogie. Alors oui, il y avait deux ou trois descentes en temps normal, ils auraient sans doute étaient pris dans la vague en cas de saison normale. Mais là, connaissant les circonstances de leur saison, avec les reports multiples, c’est injuste d’entériner une descente avec ce mode de calcul.

Pour en revenir aux Portugais, parvenez-vous à analyser votre saison, qui a connu de nombreux soubresauts ? 

On est vraiment passé par tous les états. Au départ, je suis là en tant que joueur pour apporter un peu d’expérience, ça se passe plutôt bien d’un point de vue personnel. Collectivement, on a un peu de mal à lancer la machine. Le président décide de me donner l’équipe pour tenter d’apporter un sursaut. Avec Noureddine (Laroussi, ndlr : co-entraîneur), qui est resté à mes côtés, on a tenté de mettre en place un projet de jeu. On a commencé avec beaucoup de matches nuls, assez poussifs mais avec des progrès à chacune de nos sorties. Le contenu était intéressant et les résultats plutôt logiques. L’erreur de parcours, c’est plutôt la défaite contre l’AC Amiens (b), même s’il nous manquait beaucoup de joueurs, dont notre gardien de but. Derrière ça, on a fait un bon match, surtout une très grosse deuxième mi-temps, qui nous a permis de gagner 1-0 contre Biache avant l’arrêt des compétitions. Ce résultat vaut de l’or, parce qu’il nous permet de prendre trois points et de sortir de la zone rouge. Qu’importe le système choisi par la fédération pour procéder à des montées et des descentes, on était hors de danger grâce à cette victoire. Je vais donc retenir qu’on termine sur une bonne note, avec un groupe qui a terminé sur un cri de guerre qui ressemble à celui d’une victoire de dernière journée de championnat validant le maintien dans notre division. 

Malgré tout, n’avez-vous pas une frustration de ne pas avoir été au bout de cette saison ? 

On peut toujours se dire qu’on était sur une bonne dynamique, que le groupe était en progrès. Je suis un compétiteur, j’aime bien relever les challenge et aller au terme des choses. Maintenant, pour être très honnête, la poursuite de la saison n’aurait pas forcément changé grand-chose. Quitte à choisir, je préfère qu’on me dise : vous êtes maintenus, vous pouvez commencer à travailler sur la prochaine saison avec ceux qui veulent rester et d’autres qui viendront apporter encore un peu plus de qualité à cet effectif. Avec Nourredine, on a repris l’équipe en cours de saison et ce n’est jamais simple de reprendre le travail fait par un autre. Pour toutes ces raisons, je ne suis pas mécontent de tourner la page et de me projeter sur la saison suivante avec Noureddine. 

Vous serez donc toujours à la tête de l’équipe la saison prochaine ? 

Là, je suis en train de parler en partant du principe que je serai toujours le coach la saison prochaine. C’est ma volonté mais rien n’est encore fait. On échange très régulièrement avec le président et on a envie de continuer l’aventure avec Noureddine et moi à la tête de l’équipe. Le binôme qu’on forme fonctionne très bien, on s’est trouvés, on doit rencontrer le président rapidement pour acter la suite. On a déjà eu des joueurs au téléphone, afin de les sonder, de savoir qui voulait rester. On a aussi pris des contacts avec des joueurs susceptibles de nous rejoindre. On a vraiment envie de continuer à travailler ensemble avec les Portugais d’Amiens. Je ne doute pas qu’on trouvera un terrain d’entente. 

Tous propos recueillis par Romain PECHON

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