Azouz Hamdane (AC Amiens) : « Une équipe qui n’est pas prête pour la compétition »

Plombé par son manque de réalisme et sa naïveté sur le plan défensif, l’AC Amiens a concédé une troisième défaite de rang en championnat samedi à Maubeuge (3-0). Un lourd revers qui a amené Azouz Hamdane, son entraîneur, à faire un constat implacable sur les limites de son équipe. Entretien.

Une nouvelle fois, le scénario n’a pas joué en votre faveur…

Il faut se rendre à l’évidence, on a une équipe qui n’est pas prête pour la compétition. Elle est prête à jouer des bouts de match par-ci par-là, mais sur la régularité, on est trop inconstant pour espérer quoi que ce soit. On ne fait pas une mauvaise prestation, encore une fois, mais on est tellement inefficace dans les deux surfaces… On s’en remet trop à un ou deux joueurs pour espérer. C’est très facile à lire pour l’adversaire et une fois qu’ils ont mis en place les réponses tactiques, on n’arrive plus à les mettre en danger et forcément, comme on est indiscipliné tactiquement et très peu rigoureux, nos adversaires ont toujours les contres, les situations favorables. On dit toujours que c’est dommage, mais c’est parce que les fondamentaux essentiels nous manquent. J’ai des joueurs qui jouent en 2020 comme dans les années 80 et c’est complètement anachronique. Ils ne se rendent pas compte des ingrédients à mettre pour exister dans le football moderne.

Votre équipe manque d’intensité ?

Clairement, oui ! Avant toute chose, il y a la détermination parce que c’est ça qui permet de mettre l’intensité nécessaire. On joue un football des années 80 contre des équipes qui sont bien rentrées dans le siècle nouveau. Forcément, on est complètement à côté de notre sujet.

On a le sentiment que vous retombez parfois dans vos travers en termes de jeu…

Je ne suis pas vraiment d’accord parce que l’état d’esprit est bon, les joueurs font beaucoup d’efforts et c’est ça qui est inquiétant; Ils sont à fond dans ce qu’ils peuvent proposer. Il faut se rendre à l’évidence, je préviens certains depuis cinq ou six qu’il fallait se mettre à la page sinon ça allait être compliqué pour nous, ça l’est aujourd’hui. On a résolu pas mal de soucis en demandant à certains joueurs de partir cet été et en recrutant des joueurs qui répondent parfaitement à ce que j’attends et il faudra continuer. Ce n’est pas en six mois que l’on reconstruit une équipe compétitive. Il faudra encore dire à certains que le projet n’est plus possible avec eux.

Quel bilan tirez-vous à la trêve ?

Il n’est pas catastrophique. Sur les dix matches, il faut pousser l’analyse plus loin. On a joué neuf fois à l’extérieur et on a une moyenne de 1,2 point en étant quasi uniquement à l’extérieur. A mon avis, beaucoup d’équipes rêveraient d’avoir cette moyenne à l’extérieur. C’est plutôt une bonne chose, à condition de valider à domicile. Si tu gagnes à domicile, tu peux passer à deux points par match voire plus, et ça te fait jouer le haut de tableau. Là-dessus, on n’est pas mauvais mais on est très mauvais dans la solidité. Les joueurs ont intégré le fait d’être mené au score, pour eux c’est une fatalité et ça devient normal. La défaite n’est plus quelque chose qu’ils repoussent et la faculté de résilience est néant. Ils sont dans l’acceptation de ce qu’il se passe et c’est très ennuyeux. Il ne faut pas trop les sortir de leur zone de confort et ça se passe bien pour nous. Mais quand une équipe commence à venir nous chercher, nous presser, on n’a pas les bonnes réponses mentales parce qu’on se frustre, on s’énerve, on se déconcentre et comme on n’est pas au-dessus de toutes les équipes sur le plan technique et l’animation du jeu…

Avec cette régularité et cette constance non affichée que l’on arrivera à faire de grandes chose

Maubeuge, avec tout le respect que je leur dois, on doit les battre tous les jours sauf qu’ils ont été très disciplinés tactiquement et ils ont attendu les bons moments pour marquer. Comme on a une équipe qui se déconcentre quand ça ne se passe pas bien… Je pense qu’on est au-dessus d’eux individuellement, très sincèrement, mais ils ont été au-dessus collectivement, notamment sur le plan tactique. Le score est très lourd mais on se fait contrer à l’extérieur sur le premier but, c’est très ennuyeux. Le bilan n’est pas catastrophique mais pas génial non plus. On n’a plus que quatre matches à l’extérieur sur les seize restants, ça veut dire qu’on en a douze à domicile et potentiellement trente-six points à prendre, c’est plutôt une bonne chose, mais ce n’est pas avec cette régularité et cette constance non affichée que l’on arrivera à faire de grandes choses.

En quoi la trêve peut-elle vous aider ?

Déjà en recrutant un voire deux joueurs sur le plan défensif, qui ne seraient pas des joueurs « sympas », ce que j’ai déjà, mais plutôt des mecs déterminés, des guerriers, peut-être moins bons techniquement mais qui apporteraient ce supplément d’âme défensif que l’on n’a pas. Quasi 50% des buts encaissés le sont sur coups de pied arrêtés et c’est parce qu’on n’est absolument pas déterminés sur le plan de la gestion des situations arrêtées. Ensuite, c’est remettre tous les compteurs à zéro. A partir de la reprise, il n’y aura plus de titulaires indiscutables, il faudra qu’ils prouvent leur valeur sur les trois semaines de la reprise, du gardien jusqu’au dernier des joueurs. A partir de là, on repartira sur des bases saines à l’entraînement. Dans le staff, on a été aussi un peu dans l’acceptation et c’est à nous de nous remettre en cause là-dessus, moi le premier. Voilà les deux leviers sur lesquels on peut agir.

Tous propos recueillis par Romain PECHON avec Adrien ROCHER

US MAUBEUGE – AC AMIENS : 3-0 (1-0)

10ème journée de National 3

Stade Léo Lagrange, Maubeuge

Arbitre : M. Vitoux

BUTS : Hadj Safi (36′), Stevance (55′), Bellafi (76′)

AC AMIENS : Banaziak – N’Goma, Villier, Martinez, Siradjidini – Rosso (Binet, 78′), Sagouti – Ettaibi (Oualit, 73′), Despois, Slidja – Seck (Kwinta, 73′).

Remplaçants : Oualit, Kwinta, Binet, Ba.

Entraîneur : Azouz Hamdane.

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