Antoine Mücke (Salouël) : « Ce n’est que du bonheur ! »

Salouel Mucke
PHOTOPQR/LE COURRIER PICARD/Manon Cruz/MaxpPPP

Propulsé à la tête du RC Salouël il y a quelques mois de cela, Antoine Mücke vit l’un des plus beaux comtes de fées de l’histoire de la coupe de France, avec une présence au huitième tour de la compétition face à Wasquehal et à la Licorne, dimanche. A 26 ans, celui qui s’inspire de Thomas Tuchel savoure cette incroyable épopée. Entretien. 

Antoine Mücke, vous êtes en train de vivre une saison assez mémorable pour votre première année à la tête d’une équipe seniors…

C’est magnifique ce qu’il se passe, que ce soit pour moi ou les garçons. C’est ma première saison ! J’avais déjà dit en début de saison que la Coupe de France était un objectif, en voyant le parcours fait par Longueau il y a trois ans. De là à aller au huitième tour, je ne pensais pas ! On s’était fixé le quatrième pour avoir les maillots et l’objectif est clairement atteint ! Je n’aime pas mettre la coupe de France de côté. Certaines équipes s’engagent pour dire de s’engager et je suis à l’inverse de ce discours. On mérite ce parcours.

C’est forcément un accélérateur d’expérience…

Je pense que oui, même si j’avais insisté sur pas mal de choses en début de saison comme la cohésion de groupe parce que c’est hyper important et on ne l’avait pas ces dernières années. A ca, on rajoute le parcours en coupe et je pense que les liens sont plus que soudés. Après les entraînements, on se boit une bière, on se fait des sorties entre nous. Je pense que l’on a accéléré au niveau de l’état d’esprit, oui.

Adrien de Sousa a évoqué le match comme le RIF comme tournant dans la relation entre vous et l’équipe (voir plus bas), l’avez-vous ressenti aussi ?

Ce match fait clairement partie de la saison. Je savais qu’il y avait de l’enjeu mais il était à notre portée. Je leur ai fait un discours à cœur ouvert que j’avais préparé en amont. Grâce à ma femme, j’ai récupéré pas mal de vidéos de leurs proches pour les solliciter et les motiver. Ils ont été émus que je m’intéresse à leurs familles et que j’arrivais à avoir ces vidéos. Je pense que ça a été un élément déclencheur parce qu’on s’est mis à nu sur le terrain dans un match compliqué, peut-être le plus compliqué. Je pense qu’Adrien a raison. C’est un des matches déclics de notre début de saison.

Est-ce aussi un déclic dans le mode de fonctionnement ?

Je leur avais dit en début de saison que je suis jeune, peut-être le troisième plus jeune de l’équipe, je dois les diriger, faire des choix parce qu’on a quarante-cinq seniors, pas simplement quatorze. Il y avait une ligne de conduite qui est toujours respectée en ce moment. J’ai dit que je ferais mes choix en fonction de l’investissement à l’entraînement, de la rigueur en match et d’autres données. Ils respectent ça. Je leur ai même dit que s’ils n’étaient pas d’accord parce que j’étais trop jeune, je comprendrais et on en discuterait avec les membres du bureau de Salouël pour trouver un autre éducateur. Ils n’ont pas souhaité, ils m’ont laissé ma chance et ça nous sourit. Ils jouent le jeu, travaillent bien et c’est plutôt cool. J’étais joueur avec eux et il faut faire la part des choses. Je suis leur coach, mais à la fin de l’entraînement et du match, je suis leur pote. Ils savent faire la part des choses, moi aussi et à partir de là, tout se passe bien. Il ne fallait surtout pas que je sois pote sur et en-dehors du terrain, sinon ça n’aurait jamais pu marcher.

Manon Cruz/MaxPPP

Qu’est-ce qui fait qu’à vingt-six ans on décide d’arrêter de jouer pour devenir entraîneur d’une équipe de D2 ?

Tout s’est joué l’année dernière. A l’arrêt du championnat avec le Covid, notre coach a décidé de partir à Dubai et les membres du bureau m’ont demandé de reprendre l’équipe avec Adrien. J’ai dit oui si le championnat reprend mais il n’a jamais repris. Ils ont réitéré leur proposition au mois de juin et j’ai dit ok. Ils ont même voulu que je prenne une licence de joueur mais je ne me sentais pas capable de faire entraîneur-joueur, c’est trop compliqué, surtout à mon âge. Je prenais autant de plaisir, si ce n’est plus, à entraîner les petits qu’à jouer le dimanche et à partir de ce moment, le choix a été vite fait.

Quand vous voyez ces matches de coupe, n’avez-vous pas envie de rechausser les crampons ?

Franchement, non. Je prends tellement de plaisir sur le côté que je n’en ressens pas l’envie.

De qui vous inspirez-vous pour essayer de transposer des choses ?

Je regarde beaucoup le Chelsea de Thomas Tuchel qui joue en 3-4-3 comme on le fait en championnat. C’est sûr que ça aide. J’aime sa philosophie de jeu. Il ne joue que pour gagner. Au final, le football c’est marquer un but de plus que l’adversaire. C’est sûr que c’est cool si on peut ne pas en prendre, mais tant qu’on marque un but de plus, c’est l’essentiel. Ma philosophie reste celle-ci. Je veux jouer pour l’attaque. Je n’aime pas jouer avec le bus parce que le football c’est aussi un spectacle ! Si on est là le dimanche à notre niveau pour mettre le bus, je ne vois pas l’intérêt. On est là pour prendre du plaisir et c’est jouer l’offensive et marquer des buts.

Son parcours démontre aussi que le contexte joue beaucoup dans la réussite d’un entraîneur…

Je pense qu’à Paris il n’était pas maître de ses choix. Et, sans me comparer à lui, loin de là, j’avais dit au bureau du club que ce n’était pas à eux de faire mes choix. Je ne suis pas là pour faire dans le social, je fais jouer au mérite. On a des objectifs et pour les atteindre, je dois faire jouer les meilleurs selon plusieurs critères. Il n’a pas été mis dans de bonnes conditions à Paris et on le voit à Chelsea. Il n’a pas de stars, tout le monde joue pour lui. A Salouël, je n’ai pas de stars non plus. Les gens disent qu’il y a Adrien, mais ce n’en est pas une. En dehors du terrain, il est super cool ! Si on le connait vraiment, je peux assurer qu’il n’y a pas de stars dans cette équipe. Beaucoup le trouvent prêt à vouloir faire gagner l’équipe tout seul, mais ce n’est pas du tout le cas. C’est mal le connaître, je pense.

Pourquoi changez-vous de système en coupe ?

J’essaye de m’adapter en fonction des équipes. Je savais qu’Hamel jouait en 4-2-3-1 et j’avais décidé de jouer en 4-4-2 losange. En superposant les systèmes, ça voulait dire qu’on allait avoir un joueur libre au milieu du terrain, et on l’a toujours trouvé dans ce match. Je pense que c’est aussi ce qui nous a fait gagner. J’essaye aussi de surprendre. Quand je fais mon discours aux joueurs avant le match, ils me disent que ce n’est pas con, et à la fin, ils m’ont dit que j’avais vu juste. Je savais que dans mes milieux, trois seraient marqués mais un serait libre et à lui de trouver les lignes et les intervalles, c’est ce qu’il s’est passé. On a toujours trouvé ce joueur pour le décalage et Hamel était complètement perdu.

Je ne sais toujours pas s’ils ont compris notre système. Si on a le monopole du ballon avec ce système, on est moins en danger. Je pense que mes joueurs ont l’intelligence d’évoluer sur les côtés aussi, mais si le 4-4-2 losange ne marche pas, ils savent très bien qu’on bascule en 4-1-4-1 en un claquement de doigts. C’est un système qu’on aime beaucoup aussi. C’est pour ça que j’aime travailler plusieurs systèmes afin de trouver la faille quand on a des problèmes. Contre Lambres, on est parti sur ce système de 4-1-4-1 qui n’a pas marché, on a basculé sur le 3-4-3 et les vingt dernières minutes on s’est crée beaucoup d’occasions alors que Lambres est une équipe de DH et il fallait porter ses cojones (sic) pour jouer en 3-4-3 contre eux.

Vous avez une ligne directrice dans les idées de jeu mais êtes finalement assez pragmatique dans l’approche tactique…

J’aime bien me renseigner sur les équipes mais des équipes de Ligue c’est différent parce qu’ils peuvent jouer d’une manière en championnat et être plus offensifs contre nous parce qu’ils sont cinq divisions au-dessus. Je m’adapte match après match et c’est aussi ça la force d’un entraîneur, sinon tu peux vite prendre le bouillon.

Comment gérez-vous ces deux fronts du coaching et de la vie personnelle avec la naissance de votre fils ?

C’est beau ce qu’il m’arrive ! Au mois d’octobre je deviens papa, il y a le parcours en coupe en plus, je ne peux pas rêver. Ma femme m’aide beaucoup aussi, on ne va pas se mentir, sinon je ne pourrais pas être aussi souvent au football. Ce n’est que du bonheur, pourvu que ça continue.

Est-ce qu’il va falloir du temps pour réaliser tout ce qu’il se passe actuellement ?

Je pense, oui ! C’est aussi ça la coupe de France. On ne réalise pas parce qu’on est encore en compétition et je pense qu’on le réalisera quand on sera malheureusement éliminé. Pour l’instant, on vit au jour le jour et on se rendra compte plus tard que ce que l’on a réalisé, c’est quelque chose de lourd et beau.

Tous propos recueillis par Romain PECHON avec Adrien ROCHER

Adrien de Sousa : « Il fait le job à merveille »

« Je vais avouer qu’au début, on a eu des doutes. C’était la première fois que certains allaient se faire entraîner par plus jeunes qu’eux. Finalement, on voit qu’il gère complètement. On lui avait dit qu’on allait l’aider aussi parce qu’à la base c’était un coéquipier mais surtout un copain. On n’allait pas le lâcher quoiqu’il arrive et finalement, il fait le job à merveille. Avant le match contre le RIF (ndlr : au quatrième tour), il s’est ouvert et je pense que ça a changé pas mal de choses. On s’est rendu compte qu’il avait complètement confiance en nous et qu’il nous aimait beaucoup. Il s’est livré à nous et c’était tellement beau qu’on a voulu faire les choses bien pour lui. A l’heure actuelle, quand on célèbre, il y a toujours une pensée pour lui. On est peut-être sur le terrain, mais c’est en grande partie grâce à lui quand on gagne. »

Louis Semence : « C’est tout à son honneur ce qu’il réalise »

« Je l’ai connu l’année dernière quand il était encore joueur. Il jouait couloir droit. On avait déjà une bonne relation en tant que joueurs. Et ça s’est confirmé en tant qu’entraîneur, il n’a pas du tout changé. Il a mon âge je crois, c’est tout à son honneur ce qu’il réalise, c’est beau. Il arrive à nous parler, à nous rendre solidaire, à se battre pour celui qui va être un peu moins bien. Au quotidien, c’est un coach qui ne se prend pas la tête. Le mardi, le vendredi à l’entraînement, il boit une bière avec nous à la fin. Franchement c’est un super coach, un pote pour tous les joueurs. Il a trouvé le juste milieu. Il arrive à faire la part des choses. Quand on est en dehors du foot, on est son pote. On vit des choses ensemble, on va au restaurant ensemble, on boit un coup au bar ensemble. Mais quand on rentre sur le terrain, que ce soit à l’entraînement ou en match, il arrive à nous prendre avec lui et à faire de nous des guerriers. On se surpasse pour lui et pour le club. Chapeau à lui. C’est sa première saison d’entraîneur, et il ne va pas l’oublier je pense. »

Kévin Roger : « Il est très fort tactiquement et j’aime beaucoup sa philosophie »

« Il était avec nous l’année dernière, on sait vraiment ce qu’il pense et il est franc avec nous. On m’a dit qu’il devenait le coach, très bien, c’est le coach, mais en dehors de ça, ce n’est pas le dernier à boire un coup avec nous. C’est notre copain en-dehors, mais sur le terrain, c’est lui le boss. Il n’y a personne qui joue parce que c’est son pote. Il faut prouver à l’entraînement tout le temps. Il n’hésite pas à dire ce qu’il aime ou non dans le jeu de quelqu’un, ce qu’il faut améliorer. Il n’a peur de sortir personne, et tout le monde le respecte pour tout ça. Il a beau avoir notre âge, c’est le coach, c’est lui qui décide. En plus, ça nous réussit, je suis très content pour lui parce que c’est beaucoup de boulot. Il arrive à s’adapter selon l’équipe, il est très fort tactiquement et j’aime beaucoup sa philosophie. Il ne voudra jamais que l’on ferme le jeu parce que l’on mène. Lui, même si on en prend trois, tant qu’on en met cinq, tout le monde est content. Pour tout ça, c’est top. »

Tous propos recueillis par Romain PECHON avec Adrien ROCHER

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