Amiens SC : Un mercato équilibré, un onze chamboulé

Après une saison décevante ponctuée à la quatorzième place, l’Amiens SC se devait de corriger bon nombre d’erreurs pour espérer mieux sur cette cuvée 2022/2023 sanctionnée par quatre relégations. Désireux de retrouver la première partie de tableau, le club picard a encore eu le droit à un mercato estival mouvementé, avec un départ majeur de dernière minute. Décryptage.

Un dégraissage en bon et due forme

Pour Philippe Hinschberger, l’enjeu numéro 1 de l’intersaison était de réduire un effectif beaucoup trop dense depuis plusieurs saisons. « J’insiste sur une chose, c’est le nombre de joueurs dans mon effectif, affirmait-il en mai dernier. J’en veux 22 et je ne vais pas transiger là-dessus. » Trois mois et demi plus tard, son voeu est pratiquement exaucé avec un effectif professionnel ramené à 29 unités dont 25 joueurs de champ, parmi lesquels plusieurs éléments encore indésirables (Sy, Gomez, Sangaré). Pour en arriver là, l’Amiens SC a laissé partir certains éléments en fin de contrat et en bout de course pour certains comme Eddy Gnahoré, Arnaud Lusamba, Adama Diakhaby, Bongani Zungu, Mathieu Dossevi et Yohann Thuram.

De quoi réduire drastiquement une masse salariale également dans le rouge depuis la descente en Ligue 2 et ainsi donner un peu d’air aux finances du club. Pour d’autres, un départ était évoqué depuis de longs mois, même si la logique sportive reste discutable. Promu capitaine en cours de saison dernière, Mateo Pavlovic avait déjà voulu partir durant l’hiver sans parvenir à trouver un nouveau point de chute. Le Croate est finalement rentré au pays en tout début de mercato, sans que son départ ne suscite tant d’émotions que cela. Il en est de même pour Chadrac Akolo, troisième plus gros investissement de l’histoire du club, parti par la petite porte direction la Suisse.

Symbole de l’échec de la politique de recrutement lors du retour en Ligue 2, Amadou Ciss a lui attendu le dernier jour pour trouver un nouveau point de chute, à Chypre sous la tunique de l’AEL Limassol. Quelques jours plus tôt, c’est Emmanuel Lomotey qui s’était envolé par la Suède sans laisser un souvenir impérissable aux supporters de l’Amiens SC. Les nouveaux prêts de Gaoussou Traoré, Florian Bianchini, Jack Lahne et Darell Tokpa n’ont pas révolutionné le paysage, tant leur avenir au club apparaît bouché. Pour Nathan Monzango, il n’y aura même pas de retour à l’envoyeur après son transfert définitif pour Pau.

Badji, le dossier de l’été

Aliou Badji Amiens SC
Christophe Saidi/FEP/Icon Sport

Reste le blockbuster du mercato amiénois, le feuilleton autour du départ d’Aliou Badji. Auteur de treize buts la saison dernière, le Sénégalais avait convaincu l’Amiens SC de lever l’option d’achat assortie à son prêt pour un montant de 1,8 million d’euros. Néanmoins, l’ancien joueur d’Al-Ahly ne se voyait pas faire une deuxième saison en Picardie, d’autant qu’il disposait d’un accord moral de sa direction pour relever un nouveau défi en cas d’offre « au prix du marché« . Une brèche dans laquelle Auxerre a tenté de s’infiltrer durant une bonne partie de l’été. Sans succès. En quête d’un attaquant, le promu a formulé plusieurs offres, dont la dernière de quatre millions d’euros plus un pourcentage à la revente jugée insuffisante par Bernard Joannin. De quoi frustrer le joueur, qui s’est un temps mis en marge du groupe avant de refuser de faire le déplacement à Sochaux à la mi-août.

Finalement de retour une semaine plus tard, Aliou Badji a disputé trois matches – dont le dernier mardi soir contre le Paris FC – avant de trouver un nouveau point de chute. Désireux de découvrir la Ligue 1 pour se donner une chance de disputer la coupe du Monde en novembre prochain, le Sénégalais va finalement poursuivre en Ligue 2. Prêté avec obligation d’achat aux Girondins de Bordeaux, Aliou Badji a fait une croix sur certaines de ses exigences, notamment financières, afin de quitter coûte que coûte un club avec lequel le lien de confiance était définitivement rompu. Dans cette opération longue à se dessiner, Amiens devrait toucher un peu plus de quatre millions d’euros et dispose d’un pourcentage à la revente. Tout ça pour ça.

Un onze de départ régénéré

Sur les onze plus gros temps de jeu de l’an passé, cinq ne sont plus au club et le dernier (Harouna Sy) est mis à l’écart depuis le début de saison. Avec les départs d’Arnaud Lusamba et Kader Bamba, Amiens indubitablement perdu en créative au milieu de terrain. Dans un tout autre style, Jérémy Gélin – défenseur de formation – est arrivé avec l’envie de se relancer après une saison blanche pour cause de blessure et dans l’optique d’apporter une caution technique dans l’entrejeu. Pour le reste, le dernier quatorzième de Ligue 2 a misé sur les éléments déjà à sa disposition, en « faisant de la place » au trio Lachuer-Doums-Gomis, ce dernier revenant d’un prêt plutôt réussi à Dunkerque.

Dans le secteur défensif, Abdourahmane Barry devait compenser le départ programmé de Formose Mendy. Ce dernier n’ayant pas trouvé preneur, le joueur du PSG fait aujourd’hui figure de doublure de luxe. Et pour cause, Amiens a également décidé de faire du neuf avec du vieux à ce poste, avec le retour de blessure de Nicholas Opoku, successeur naturel de Mateo Pavlovic. Dans les couloirs, Antoine Leautey est incontestable la bonne pioche de l’été, tandis que Sebastian Ring peine à convaincre jusqu’ici. Au niveau de la ligne d’attaque, l’Amiens SC a procédé à un vrai ravalement de façade en misant sur le prospect Ange Chibozo et en tentant un énième pari avec Hassane Bandé, qui sort de trois saisons difficiles à l’Ajax après une grave blessure.

Ultime renfort, Papiss Cissé compense numérique le départ de dernière minute d’Aliou Badji. Si son CV plaide pour lui, l’ancien attaquant de Newcastle désormais âgé de 37 ans reste quand même sur deux dernières saisons plus poussives en Turquie. En attendant de le voir en action, pas avant le déplacement à Caen le 10 septembre prochain, l’ancien Messin fait en tout cas bonne impression à Philippe Hinschberger qui attend aussi de lui qu’il soit « le grand frère de la communauté africaine« . Car au-delà du simple critère sportif, le board amiénois avait également pour objectif d’assainir un vestiaire qui avait causé bon nombre de problèmes l’an passé.

Sur ce point, les premiers échos sur la vie de groupe sont plutôt bons. Et cela se ressent aussi sur le terrain avec un bilan comptable extrêmement positif en plus d’une solidarité retrouvée. Reste à entretenir cette dynamique sur la totalité d’une saison pour croire en une finalité heureuse. Amiens s’est en tout cas donné les moyens de redevenir un minimum ambitieux cette saison. La suite appartient aux joueurs et au staff technique.

Romain PECHON

Le bilan du mercato : 

Arrivées : Jérémy Gélin (libre), Antoine Leautey (libre), Abdourahmane Barry (libre), Papiss Cissé (libre), Sebastien Ring (libre), Paul Charruau (libre), Hassane Bandé (Ajax), Ange Chibozo (Juventus U19), Iron Gomis (rp, Dunkerque), Youssouf Assogba (rp J-Sodra)

Départs : Arnaud Lusamba (libre), Bongani Zungu (libre), Yohann Thuram (libre), Eddy Gnahoré (libre), Adama Diakhaby (libre), Mathieu Dossevi (libre), Mateo Pavlovic (Rijeka), Amadou Ciss (Limassol), Emmanuel Lomotey (Malmö), Nathan Monzango (Pau), Chadrac Akolo (St Gallen),  Aliou Badji (p, Bordeaux), Florian Bianchini (p, Châteauroux), Gaoussou Traoré (p, Concarneau), Darell Tokpa (p, Stade Briochin), Jack Lahne (p, Ujpest)

L’effectif 2022/2023 de l’Amiens SC : 

Gurtner, Charruau, Rongier, Kayaya (g.) – Fofana, Mendy, Opoku, Barry, Diabaté, Sy, Xantippe, Ring, Ouattara, Assogba – Gélin, Lachuer, Dupays, Doums, Junior, Benet, Gomis, Leautey, Gene – Bandé, Chibozo, Tolu, Cissé, Gomez, Sangaré

L’équipe-type

Amiens SC

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