Amiens SC : Faut-il encore croire Bernard Joannin ?

Joannin Amiens SC
FedericoPestellini/Panoramic/Imago

En raison de la crise sanitaire, Bernard Joannin a été contraint de présenter ses vœux à distance, par le biais d’une vidéo publiée sur les réseaux sociaux du club en fin de semaine dernière. Et en dépit d’une situation sportive très décevante depuis deux ans et demi, le président de l’Amiens SC a voulu rester positif, outre les nouvelles promesses faites aux supporters du club. De quoi laisser dubitatif les polémistes de la Tribune des Sports de France Bleu Picardie. Décryptage. 

Une nouvelle promesse de stabilité…

Du maintien en Ligue 1 à la survie en Ligue 2, au sein du monde professionnel, il n’y a que deux ans qui séparent ces deux réalités. Deux ans de trouble pour l’Amiens SC qui a connu pas moins de trois entraîneurs et une cinquantaine de joueurs différents pour finalement très peu de succès. Pour autant, le club picard est « en très bonne santé » selon son président, qui a de nouveau évoqué « un cycle de trois ans d’ambition sportive à partir de cette saison« . Pour cela, Bernard Joannin estime « s’être entouré d’un staff de qualité« .

« La cellule de recrutement, dirigée par John (Williams) a souvent été décriée. Regardez l’équipe qui commence à se constituer actuellement ! Je la trouve personnellement de qualité, s’exclame le président amiénois. Il a fallu construire un groupe qui est désormais solide. Je l’ai vu se constituer, je vais désormais essayer de le sauvegarder. Nous voulons commencer la prochaine saison avec une équipe presque au complet dès la reprise de l’entraînement. Cela ne nous est pas arrivé depuis très longtemps. »

Et c’est bien là tout le problème à l’Amiens SC, frappé par une instabilité chronique saison après saison. « Otez-moi d’un doute, Bernard Joannin est bien celui qui déclarait en juin 2019, au moment de la nomination de Luka Elsner : « J’ai l’habitude de dire ce que les gens ont envie d’entendre » ? Pour rappel, il avait annoncé vouloir nommer un entraîneur expérimenté après le départ de Christophe Pelissier. Finalement, il est allé chercher un illustre inconnu qui s’est planté quelques mois plus tard. Dès lors, quelle valeur faut-il donner à la parole de Bernard Joannin ? », se questionne Romain Pechon, le rédacteur en chef du 11 Amiénois.

…difficilement audible

« Bernard Joannin avait également promis pour cette saison une équipe prête à 75% à la reprise« , rappelle Ludovic Robart, alias Jimmy, supporter de l’Amiens SC et polémiste de la Tribune. « Cette année, il renouvelle la même promesse alors qu’il y a une dizaine de joueurs en fin de contrat en juin prochain. Que Bernard Joannin commence déjà à faire 75% de ce qu’il dit avant de promettre un effectif prêt à 75% pour la reprise de l’entraînement », assène Romain Pechon. « Il y avait une revanche à prendre pour la première saison en Ligue 2, puis on a parlé d’un effectif prêt à 75% pour la deuxième saison et on remet ça pour la saison prochaine, résume Mathieu Dubrulle. Il y a de quoi être sceptique encore une fois. »

« L’an dernier, Bernard Joannin a déjà fait des promesses en avril, qu’il a été incapable de tenir trois mois plus tard, estime Romain Pechon. On verra si, cette saison, il est capable de les tenir six mois plus tard. Cela me laisse perplexe, j’attends de voir« . « La construction, le nouveau cycle de trois ans, ça me rappelle 1000 jours pour réussir, se remémore Mathieu Dubrulle. On est revenu douze ans en arrière. » Et à l’époque, l’Amiens SC avait dans un premier temps atteint son objectif, à savoir remonter en Ligue 2 mais pour mieux y retomber moins d’un an plus tard, avec une saison dramatiquement historique au cœur de ces 1000 jours pour réussir. Un fiasco en l’occurrence.

Une décennie plus tard, alors que Bernard Joannin estime que l’Amiens SC est entré dans une deuxième phase, celle « de la construction sportive » après « une période de grands travaux« , le doute persiste chez les polémistes de la Tribune. « On nous l’a jamais vendu ce projet, ça sort de nulle part cet argumentaire, s’étonne Romain Pechon. On a le sentiment que comme à Lyon à une époque, où le projet du stade a mis entre parenthèses l’ambition sportive, c’était quelque chose d’annoncé à Amiens. Mais ce n’est pas vrai, la première fois qu’on a entendu ça, c’est la semaine dernière à l’occasion des vœux. Dans ce contexte, son message n’est pas audible. »

L’histoire d’un éternellement recommencement

Répétant à outrance que « les succès se construisent et ne se décrètent pas« , Bernard Joannin semble néanmoins avoir oublié la partie la plus importante de sa réflexion : la construction. « Sportivement, Amiens est en chantier permanent depuis un petit moment, depuis mai 2019 et le départ d’un certain Christophe Pelissier, poursuit Romain Pechon. On ne cesse de construire puis de tout détruire. Depuis ce départ, il n’y a eu que très peu de décisions cohérentes, en matière de recrutement de joueurs, de choix de coach. Il s’est dégagé un sentiment d’impréparation suite au départ de Pelissier. Et Amiens ne parvient pas à retrouver un fil conducteur, une équipe qui reste en place, de la stabilité et une vision tout simplement. »

Et si la relégation en Ligue 2 dans des circonstances bien particulières a pu offrir du sursis aux dirigeants amiénois, l’heure de rendre des comptes est venue. « Il faut arrêter de se chercher des excuses à longueurs de journée, clame Jimmy. Les gens ne sont plus dupes à propos des recrutements ratés en dernière minute, les promesses non tenues.. » Un sentiment partagé par  Romain Pechon : « La première année en Ligue 2, on vend une revanche à prendre, puis ça devient une année de transition avec une descente à digérer. Pourquoi pas. Puis, Luigi Mulazzi avait demandé d’attendre cette saison pour juger l’Amiens SC. A mi-parcours, on peut donc se permettre de dire qu’Amiens n’est pas dans les clous, que c’est décevant. Ils ont décidé d’être seuls aux manettes, de ne pas laisser le pouvoir sportif à un entraîneur, il faut assumer. »

« Cette saison, on paie très cher le départ catastrophique avec trois premières rencontres perdues, estime Lionel Herbet. On n’a jamais su refaire notre retard, en dépit d’une bonne série par la suite« . « La faute à qui ? « La faute à qui quand on n’a pas le CIT à temps pour deux joueurs ? La faute à qui quand certaines recrues arrivent au mois d’août, hors de forme ? La faute à qui quand on attend la fin du mercato pour se dire que recruter des joueurs expérimentés, comme Mamadou Fofana, Mateo Pavlovic, Kader Bamba, ça peut servir ? La faute au club et à la stratégie de sa direction, répond Romain Pechon. Ce mode de fonctionnement ne peut pas marcher tous les ans ! Pourquoi pas en Ligue 1, quand on est le plus petit budget. Mais sûrement pas en Ligue 2 quand on a le cinquième budget du championnat. On peut faire autrement. »

Or, l’Amiens SC ne semble pas prêt à revoir sa copie si on se fie à des vœux présidentiels remplis d’autosatisfaction, allant même jusqu’à se féliciter de disposer d’une équipe enfin prête janvier, à la mi-saison, oubliant que le club est très clairement sur une pente descendante depuis de nombreux mois. Quant à donner du crédit aux promesses présidentielles, l’histoire récente du club picard plaide à la prudence dans ce domaine. Pour rappel, la nomination de Luka Elsner devait permettre à l’actuel dix-septième de Ligue 2 « de briser un plafond de verre » en Ligue 1. A défaut de plafond, l’Amiens SC s’est pris les pieds dans les tapis et a vu la porte se refermer devant lui. 

La Rédaction avec France Bleu Picardie

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Nazu80
Nazu80
8 jours il y a

Une tristesse ces vœux de B.Joannin : il a le charisme d’une huître