Adrien De Sousa (RC Salouël) : « Je pense que l’on mérite ce qu’il nous arrive »

Adrien de Sousa Salouel

Parmi les joueurs du RC Salouël les plus expérimentés, Adrien De Sousa mesure parfaitement la portée de l’épopée réalisée par le pensionnaire de deuxième division de district cette saison en coupe de France. Ravi de vivre une telle aventure, le milieu de terrain offensif en dit plus sur ce qui fait la force de « ce groupe de potes ». Entretien.

Adrien, comment avez-vous accueilli la décision de jouer à La Licorne ?

Je ne pouvais que bien l’accueillir, c’est comme un rêve d’enfant. Quand tu débutes le foot en étant gamin, tu n’as qu’un rêve c’est devenir professionnel et quand tu te rends compte que tu ne vas pas le devenir, ton nouveau rêve est de jouer contre des pros ou dans un stade de pro, et là c’est ce qu’il va se passer.

C’est également une récompense de votre beau parcours…

Je le vois comme ça aussi. C’est une super récompense et c’est quelque chose qui n’arrivera sans doute qu’une seule fois dans notre vie. C’est sûr qu’on aurait préféré jouer à La Licorne contre des pros mais on ne peut pas tout avoir. On prend ce qu’on nous donne, et de toute façon, que demander de plus ? C’est incroyable !

Pour jouer des pros, il faudra maintenant passer ce huitième tour…

Wasquehal sera un très gros morceau, mais comme dit le coach, on va jouer pour gagner. Si ça s’arrête là, ça ne sera que du positif, on sortira par la grande porte. On va l’aborder comme ça.

Est-ce qu’il peut y avoir une crainte d’être rattrapé par la pression et le contexte ?

Ca rajoute aussi de l’excitation. On sait que ça sera plus dur. On a joué contre Lambres qui est une super équipe de R1 et on savait qu’on allait souffrir, on s’était préparé à ça et on va bosser de la même manière la semaine prochaine. Ce sera automatiquement plaisant aussi. On prend plaisir à souffrir ensemble parce qu’il le faut pour avoir un résultat. On n’a rien sans rien. A l’heure actuelle, je ne saurais pas dire pour la pression. Le fait d’être à La Licorne devant beaucoup de monde, je pense qu’on sentira une pression à l’échauffement, mais ce sera une bonne pression.

@RC Salouel-Saleux

Cette aventure est complètement folle depuis le début…

C’est vrai que c’est un parcours assez atypique. Je pense que l’on ne démérite pas et si on en est là c’est qu’on s’en est donné les moyens, on a bossé pour. On est en train de casser le cliché où on ne fait que de balancer sans fond de jeu en District. Je pense que l’on mérite ce qu’il nous arrive.

Est-ce une fierté de casser ces codes ?

Tout le monde a ce cliché, donc oui. Je me mets à la place des joueurs de Wasquehal ou de Lambres quand ils sont arrivés. Quand tu fais deux heures de route pour jouer en coupe de France chez une D2, tu t’attends à un stade qui n’est pas forcément potable, que les joueurs balancent devant, à prendre des coups alors que ce n’est pas le cas. Il y a plein d’équipes de District qui jouent très bien. Pour avoir un bon niveau de jeu, il ne faut pas forcément être en Ligue ou au-dessus.

Vous n’avez jamais donné le sentiment d’être en panique à chacun de vos tours malgré les différents contextes…

Arrivé à un certain stade, la pression n’est plus sur nous mais sur l’adversaire. En coupe de France, quand tu es le favori, tu as toujours ce discours où plus tu vas mettre de temps à ouvrir le score, plus le petit va espérer. On a pris ce discours pour nous. On voyait que ça ne marquait pas en face et puis on s’engouffre. Le match de Lambres nous a vraiment donné des ailes et confiance en nous parce qu’on nous les a vendus comme une grosse et super belle équipe, et c’est le cas, et derrière contre les Portugais de Roubaix, on était plus serein. On s’est dit que si on était capable de faire ces choses-là contre une R1, pourquoi on ne serait pas capable de les faire contre une R2 ? On ne s’est pas mis de pression, on a joué. En fait, on est sûr de nous. On n’est pas dans l’excès, mais on a confiance en nous.

Sans jeter la pierre à Longueau, je pense qu’on a plus de mérite qu’eux.

Vous êtes conscients de vos qualités sans surjouer…

C’est ça, oui. Je ne suis pas à la place des adversaires, mais en championnat on pourrait arriver comme des stars, prendre l’adversaire de haut. Ce n’est pas le cas, on les respecte toujours, on ne se prend pas pour d’autres. On garde la tête sur les épaules mais on a quand même une certaine forme de confiance.

On a connu de belles épopées ces dernières années comme celle de Longueau, mais ce qu’il se passe autour de Salouël semble encore plus fort…

Sans jeter la pierre à Longueau, je pense qu’on a plus de mérite qu’eux parce qu’ils ne rentrent pas au premier tour, ont une meilleure équipe que nous. Je pense que ce que l’on dégage, c’est pareil. Je me passe en boucle les vidéos, je les ai montré à mon fils et j’ai l’impression que l’on dégage quelque chose de très humain. Quand on arrive au stade et que l’on voit tous les gamins nous regarder comme si on était des stars, que tout le monde a hâte de chanter avec nous… Quand on est rentré de Douai, ils nous accueilli comme des champions et c’est magnifique ! On se prenait presque pour l’équipe de France après la coupe du Monde parce que tout le monde était heureux de chanter avec nous. Ils n’avaient qu’une hâte, c’était que l’on arrive au stade pour fêter ça. Voir la joie que l’on peut distribuer, c’est beau.

Vous étiez du parcours des Portugais d’Amiens, il y a quatre ans, quelle différence voyez-vous entre ces deux épopées ?

On en revient à ce que je disais avant. Même s’il y avait une très bonne ambiance, c’était très axé football à l’époque. Si on a fait ce parcours (ndlr : jusqu’au septième tour), c’est parce qu’on avait une très bonne équipe de foot sur le plan individuel. Là, je ne dis pas qu’on n’a pas une bonne équipe, mais je pense qu’intrinsèquement, les joueurs sont moins bons aujourd’hui que ceux des Portugais de l’époque. Par contre, le fait d’être une bande de potes comme ça prend le dessus, clairement.

Azouz Hamdane nous disait que vous êtes une équipe qui a tout compris puisque vous êtes tous redescendus de plusieurs niveaux pour le simple plaisir de jouer. A-t-il raison ?

C’est totalement ça ! On n’a plus les mêmes contraintes mais c’est un choix. Nico (Pégard) et Louis (Semence) sont encore jeunes, moi c’est plus par rapport à mon âge parce que je sentais que j’étais sur la fin. Avant de signer à Camon, je comptais déjà signer à Salouël sauf que Titi Buengo est venu me voir et ça m’a fait changer d’avis. Jouer à ce niveau Ligue, c’est pas mal de contraintes. Tu t’entraînes quatre fois dans la semaine, tu fais des déplacements de deux heures. L’ambiance n’est pas la même non plus. Je ne dis pas que c’est moins bien, c’est simplement plus « professionnel ».

A Camon, on ne buvait pas une bière tous ensemble après un entraînement ou un match. Là, à Salouël, on est encore tous ensemble à une heure du matin après l’entraînement en train de partager. C’est une autre forme de plaisir. C’est sûr que c’est moins plaisant de jouer des équipes de notre championnat que Wasquehal comme j’ai pu le faire avec Camon, mais tu ne peux pas tout avoir. Comme on a joué à un niveau un peu plus haut que certains dans l’équipe, on essaye d’apporter ce que l’on peut comme notre expérience.

Comprenez-vous que l’on se demande pourquoi un joueur de votre calibre joue à Salouel ? 

Oui, mais ce sont des choix de vie. C’est comme Nico (Nicolas Pegard) vient d’avoir un enfant, il a sa vie, son boulot. Je ne suis pas dans sa tête mais je pense qu’à partir du moment où tu comprends que tu ne vas pas percer, il faut entendre que quelqu’un ait envie de jouer plus bas parce que tu aimes le football tout en ayant d’autres priorités parce que, pour nous, le football reste secondaire.

Quel a été le discours tenu par Julien Valeri, qui était votre entraîneur aux Portugais déjà, pour vous faire venir à Salouël ?

Il m’a dit de venir parce qu’il y a une super ambiance, ça joue vachement bien au foot. A l’époque, en plus, je venais d’acheter une maison à cinq minutes du stade. Il m’a ajouté qu’il y avait une super équipe et que mon arrivée serait la cerise sur le gâteau. C’est un coach que j’apprécie beaucoup, c’est un ami, je l’adore. Je comptais terminer ma carrière comme ça, en jouant à District à côté de chez moi avec des copains.

Pour beaucoup, vous êtes le leader technique, le joueur capable de faire la différence au sein de cette équipe…

Sans prétention, oui. Je savais très bien la manière dont ça allait se passer à mon arrivée, et ça s’est passé comme je le pensais. Je suis peut-être un leader technique, mais on a plein d’autres leaders dans d’autres domaines. Je fais ce que je peux. Je peux parfois être égoïste, c’est mon défaut, mais c’est toujours dans le bon sens. J’essaye toujours d’aider l’équipe. Je ne suis pas un tricheur, je pense être un vrai coéquipier. Je ne sais pas vraiment quoi répondre à cette question. D’autres joueurs ont autant d’importance que moi dans cette équipe. Je pense à Louis, à Alex Matos notre capitaine, à Alexis Derobert qui est toujours là pour mettre l’ambiance après les matches, c’est un meneur d’hommes qui est là dans les grands matches. On est tous égaux, personne n’est au-dessus des autres.

La force de Salouël est donc d’être une bande de potes mais également un collectif homogène…

C’est exactement ça, tout est résumé. On est une bande de potes et personne n’est plus haut que les autres. Chacun a ses qualités et ses défauts et puis on prend toujours le meilleur de chacun. Quand une passe n’est pas faite, on ne vas pas incendier le copain parce qu’on sait qu’il va se rattraper derrière. On ne se prend jamais la tête, quand on a quelque chose à se dire, on se le dit mais il n’y a pas de vedettes.

Craignez-vous une potentielle gueule de bois une fois l’aventure en coupe terminée ?

Je pense que ce sera un peu dur en termes de motivation, oui. C’est déjà un peu le cas en championnat maintenant. Même si tu essayes, inconsciemment, c’est difficile. Je pense que ce sera difficile au début, mais on sera quasi imbattable derrière en championnat. Ca nous a donné tellement de force… On est déjà très attendu de base en championnat, on le sera encore plus avec ça. Au final, ça va passer et la montée, j’y crois.

Ca vous donne encore plus confiance sur vos capacités…

Clairement, oui. Si on est capable de rivaliser avec des R2 et R1 quand on se met tous ensemble à jouer, je ne vois pas pourquoi on n’arriverait pas à monter dans ce groupe de D2, sans manquer de respect aux adversaires de notre groupe.

Le plus dur sera de garder cette dynamique autour du club…

On sent la différence quand on passe d’un match de coupe à un match de championnat, c’est forcément différent autour. On en fait abstraction. Contre le Pigeonnier, il n’y avait pas beaucoup de monde autour du terrain mais ça n’a rien changé, on a quand même envie de gagner, de célébrer.

En cas d’élimination, est-ce qu’il y a un regret éternel de ne pas avoir joué une équipe professionnelle ?

Ce sera toujours dans un coin de la tête, mais le fait de jouer à La Licorne, d’avoir écrit l’histoire de la coupe de France passeraient au-dessus. Au coup de sifflet final, si on perd, il y aura quelques larmes quand même mais avec le recul, quand on voit la proportion que ça a pris, ce n’est que du bonheur. Mon gamin est comme un fou de savoir que je vais jouer à La Licorne ! On retiendra beaucoup plus de positif que de négatif.

Tous propos recueillis par Romain PECHON avec Adrien ROCHER

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